mardi 4 octobre 2016

Lancement de prevention-violencessexuelles.com

Afin de développer plus d'outils de prévention et pour une meilleure lisibilité, nous avons décidé de créer le site : prevention-violencessexuelles.com 

Progressivement, nous alimenterons la toute nouvelle boîte à outils spécialement dédiée et proposerons de nouveaux outils de prévention, notamment des vidéos. 

Pour nous aider à valoriser le contenu de ce site, l'ensemble des ressources qui y sont proposées ainsi que les démarches préventives que vous avez engagées, n'hésitez pas à diffuser largement notre nouvelle adresse et à venir découvrir notre nouveau site : 

https://prevention-violencessexuelles.com/



mardi 27 septembre 2016

Je suis mineur.e, j'ai droit à ma contraception !

Hier, lundi 26 septembre 2016, c'était la journée mondiale de la contraception. Dans le monde, beaucoup de personnes n'ont pas accès à des moyens de contraception et pour les mineur.es cette question est encore plus complexe. L'autorité parentale, l'attitude des parents peuvent être de réels freins à l'obtention et ou l'usage des moyens de contraception. Pourtant, tout enfant a droit à sa contraception ! 

Voici donc l'occasion de lutter contre quelques idées reçues concernant la contraception des enfants, des mineur.es et d'apporter quelques solutions pratiques pour permettre aux parents de faire de la prévention ; qu'il s'agisse de la prévention du sida, des infections sexuellement transmissibles, des grossesses précoces mais aussi de la prévention des violences sexuelles.


1) Il n'est pas nécessaire de parler de contraception à mon enfant. Mon enfant est suffisamment informé à l'école. Faux.

Si vous pensez que les moyens de contraception et l'information sur la sexualité sont des sujets suffisamment abordés à l'école, vous avez tort. Cette initiative de prévention est malheureusement laissée au bon vouloir des chefs d'établissements scolaires. Cela signifie que d'un établissement à un autre, les dispositifs de prévention ne sont pas les mêmes. Ils peuvent n'intervenir qu'à compter de la quatrième au collège ou alors qu'à compter de la seconde au lycée. De plus, ces séances, même si elles sont organisées, sont bien trop peu nombreuses. Il y en a en moyenne trois maximum par année scolaire.

Que faire alors ? Et cela d'autant que, bien souvent, les parents croient que s'ils échangent avec leur enfant sur les moyens de contraception, ceux-ci vont participer à rendre leur vie sexuelle plus active. Or, cette croyance comme d'autres est totalement erronée dès lors que votre enfant a confiance en lui.elle et a de l'estime pour lui.elle.

Voici donc trois raisons pour vous convaincre que parler à votre enfant de contraception est indispensable à son épanouissement.
D'abord, parler de contraception avec son enfant, c'est le reconnaître en tant qu'individu libre tout en respectant son intégrité corporelle et sa sexualité. C'est ne pas nier qu'il possède sa propre sexualité.
Ensuite, parler de contraception avec son enfant, c'est créer un espace de paroles bienveillant qui lui permette de trouver du soutien lorsqu'il.le devra surmonter une difficulté liée à sa sexualité. Beaucoup d'enfants n'osent pas parler à leurs parents des difficultés liées à la sexualité qu'ils peuvent rencontrer et cela peut les mettre dans des situations plus qu'inconfortables : contamination par le sida ou une autre infection sexuellement transmissible, risque de grossesse, violences sexuelles etc. Aussi, s'efforcer de créer un cadre de paroles suffisamment ouvert, bienveillant et sans jugement leur permet d'avoir au moins ce dernier recours : décider de vous parler à vous, même si cela est difficile pour eux.elles.
Enfin, parler de contraception avec son enfant, c'est porter un regard positif sur ses agissements, ses choix et ses ressentis afin de le conforter dans sa valeur et son importance. La société dans laquelle nous vivons véhicule une image particulièrement erronée de la sexualité : pornographie, prostitution, hypersexualisation ; il est difficile pour un enfant d'avoir une vision réaliste, apaisée et sensible des rapports humains et de s'affranchir des images qu'ils.elles peuvent être amené.es à voir.

Aussi, conforter son enfant dans ses choix (prise de pilule par exemple), lui donner suffisamment d'autonomie financière pour acheter ses contraceptifs, lui transmettre les coordonnées d'un centre de planification, lui dire qu'on lui fait confiance, l'accompagner dans sa compréhension du fonctionnement du corps (ovulation, règles, éjaculation, décalotage, soins d'hygiène etc), ne pas juger le choix d'une interruption de grossesse sont autant de manière d'aider son enfant à avoir confiance en lui.elle pour lui permettre de faire les choix qui lui sont nécessaires.

2) Il n'existe pas de sites internet ressource adaptés pour me permettre de préparer ma future discussion sur la contraception et la sexualité avec mon enfant ? ou un site internet ressource que je puisse conseiller à mon enfant ? Faux.

Deux sites internet ont été spécialement conçus par les pouvoirs publics pour accompagner les enfants et les jeunes dans leur découverte des moyens de contraception et de la sexualité.

Il y a le site On sex prime conçu par le Ministère de la santé et qui répond à toutes les questions des enfants et des jeunes relatives à l'anatomie, au plaisir, aux sentiments, à la première fois, mais aussi à l'égalité fille-garçon et bien sûr à la santé sexuelle.



Il y a le site Choisir sa contraception également conçu par le Ministère de la santé et qui répond à toutes les questions relatives au choix de contraception : quelle est la meilleure contraception, y a-t-il une contraception des premières fois, qu'est-ce que la contraception d'urgence, qu'est-ce qu'une interruption volontaire de grossesse. Ce site offre également des conseils spécifiques pour les parents désireux de parler de contraception à leurs enfants : pourquoi faut-il en parler ? comment procéder ?


S'agissant des inquiétudes propres aux garçons sur leur anatomie sexuelle et leur sexualité, nous vous conseillons également la lecture gratuite et en ligne de l'ouvrage "Ce que ma mère n'aurait jamais pu m'expliquer et ce que mon père aurait du me dire !" que vous pourrez aussi conseiller à votre enfant. 

3) Il n'existe pas de lignes téléphoniques pour me permettre de discuter de la façon dont je vais pouvoir parler de contraception et de sexualité à mon enfant ? Pour permettre à mon enfant de contacter une écoutante spécialisée dans l'information sur la contraception et sur la sexualité ? Faux.

Deux lignes téléphoniques vous accompagnent pour vous permettre de parler à votre enfant de contraception et de sexualité.

Il y a le Fil Santé Jeunes, 0.800.235.236. Il s'agit d'une plateforme d'écoute anonyme et gratuite ouverte tous les jours de 9h à 23h. Cette ligne d'écoute vous permet de poser toutes vos questions et de trouver des réponses spécifiquement adaptées à vos interrogations. Vous pourrez aussi transmettre ce numéro à votre enfant pour qu'il.elle pose toutes ses questions. 



Il y a le Planning familial 0.800.08.11.11. Il s'agit d'une ligne d'écoute anonyme et gratuite ouverte le lundi de 9h à 22h et du mardi au samedi de 9h à 20h. Cette ligne d'écoute vous permet de trouver des conseils et toutes les informations utiles pour accompagner vos enfants dans leur choix de contraception mais aussi s'agissant de questions relatives à une interruption volontaire de grossesse.



4) Il n'est pas bon pour un.e mineur.e de faire usage d'une contraception. Faux 

Martin Winckler, gynécologue spécialiste de la contraception et de la prévention auprès des jeunes, a répondu à quelques grandes questions qui font débat s'agissant de la contraception des mineur.es et leur santé : 
  • L’usage d’une contraception avant l’âge de 16 ans est dangereux pour la santé. Vrai ou Faux ? Faux ! 
En plus d’éviter les grossesses non désirées (qui sont plus risquées pour les femmes que toutes les méthodes contraceptives !), le recours à la contraception a un fort effet protecteur. Ainsi, par exemple, l’utilisation de préservatifs prévient les infections sexuellement transmissibles et l’usage d’une contraception hormonale (pilule, implant, DIU hormonal) a des effets bénéfiques immédiats et à long terme en particulier pour les femmes qui, dès la puberté, souffrent de douleurs intenses des règles, parfois liées à une endométriose. A partir de la puberté, toute femme susceptible d’avoir une activité sexuelle devrait pouvoir obtenir une information complète et impartiale sur les méthodes existantes et choisir la méthode qui lui convient. Et il appartient à chaque femme de choisir la méthode qui lui convient.
  • L’utilisation de la contraception par les mineures augmente leur risque de contracter des infections sexuellement transmissibles. Vrai ou Faux ? Faux ! 
L’âge des premiers rapports sexuels et l’utilisation d’une contraception n’augmentent pas le risque d’infection. En revanche, plus les jeunes femmes sont informées sur la sexualité, les IST et les méthodes contraceptives, moins le risque d’infections graves et de leurs conséquences (stérilité, en particulier) est élevé. Par conséquent, toutes les femmes mineures devraient, si elles le désirent, pouvoir obtenir une information complète et impartiale sur les méthodes existantes et choisir la méthode qui leur convient.
  • Une mineure qui n’a jamais eu d’enfant ne peut pas porter de DIU (« Dispositif intra-utérin », ou « Stérilet »). Vrai ou Faux ? Faux ! 
Quel que soit son âge, une femme en bonne santé peut choisir un DIU (dispositif intra-utérin, ou « stérilet ») comme méthode contraceptive. Il n’est pas nécessaire d’avoir eu un enfant pour porter un DIU ; il existe en effet des DIU de petite taille pour les femmes n’ayant jamais été enceintes. Les DIU au cuivre peuvent être gardés sans être changés pendant 7 à 10 ans ; les DIU hormonaux, qui ont également pour effet de réduire l’intensité, l’abondance et la durée des règles chez les femmes qui le désirent, peuvent être gardés 3 à 7 ans.
L’utilisation d’un DIU n’expose pas aux infections gynécologiques ou aux IST, et les utilisatrices de DIU ne font pas d’infections plus souvent que les utilisatrices de pilule.
Enfin, contrairement à une idée reçue qui a la vie dure, les DIU n’ont pas d’effet « abortif » mais agissent avant toute conception, sur les spermatozoïdes : le cuivre les inactive ; l’hormone des DIU hormonaux empêche leur passage du vagin vers l’utérus.
  • L’usage répété de la « pilule du lendemain » est dangereux. Vrai ou Faux  ? Faux ! 
La « pilule du lendemain » (ou contraception d’urgence - CU) est une méthode très efficace si elle est utilisée dans les 2 à 5 jours qui suivent immédiatement un rapport sexuel non (ou insuffisamment) protégé. Son utilisation à plusieurs reprises à quelques semaines d’intervalle ne fait courir aucun danger à la femme qui l’emploie. Le seul inconvénient est la perturbation du cycle (parfois raccourci, parfois prolongé) et la survenue de saignements vaginaux (eux-mêmes sans danger). Cela étant, toute femme qui se retrouve contrainte à utiliser une CU à plusieurs reprises dans la même année aura probablement l’esprit plus tranquille si elle se fait prescrire une méthode contraceptive permanente (pilule, implant, DIU).
  • Une IVG compromet la fertilité. Vrai ou Faux ? Faux ! 
L’IVG (interruption volontaire de grossesse) est une technique médicale qui repose sur deux méthodes : l’aspiration (dans un centre d’IVG) ou la méthode médicamenteuse (prescrite dans un centre d’IVG ou par des médecins ou sages-femmes en ville). L’une et l’autre méthode sont sans danger pour la vie et la fertilité des femmes ; elles évitent les complications très graves (septicémie, stérilité, décès) que provoquaient les avortements clandestins. Même si l’IVG n’est pas à proprement parler une méthode de contraception, elle n’en est pas moins un droit défini par la loi depuis 1975, et toute femme doit pouvoir y avoir recours si elle le désire. Et depuis 2014, l’IVG est un droit, et le fait d’empêcher une femme d’accéder à l’IVG ou de la dissuader d’y recourir est un délit.
  • Il y a des méthodes contraceptives meilleures que d’autres et le médecin peut choisir pour le.la mineur.e. Vrai ou Faux ? Faux ! 
La meilleure contraception, c’est celle que le.la mineur.e choisit en connaissance de cause, en fonction de son mode de vie, de son confort et de ses attentes immédiates ou à long terme. Ce choix, elle doit pouvoir le faire après avoir reçu une information complète et loyale sur toutes les méthodes, et pris le temps de réfléchir à celle qu’elle préfère utiliser. Toute personne doit pouvoir essayer la ou les méthodes de son choix. Il n’y a pas de « bonne » et de « mauvaise » méthode, mais des méthodes plus ou moins efficaces selon les personnes et les circonstances : une jeune femme qui utilise un diaphragme et en est satisfaite a une bien meilleure méthode de contraception qu’une jeune femme qui prend une pilule imposée par un médecin ! Par ailleurs, comme la vie et la physiologie du corps changent avec le temps et les événements de la vie, toute jeune femme doit pouvoir obtenir la méthode qui lui convient le mieux et changer de méthode chaque fois qu’elle le désire.
Les trois lois de la contraception :
1° Toute méthode de contraception vaut mieux que pas de contraception du tout.
2° Contraception d’un jour n’est pas pour toujours.
3° La meilleure contraception est celle que chacun.e choisit en connaissance de cause.

5) Connaissez-vous la boîte à contraception ? 

Ce que je mets dans la Boîte à Contraception de mon enfant
Certains parents nous ont rapporté que la préadolescence arrivant chez leurs enfants, ceux-ci avaient décidé de leur créer une boîte à contraception. Qu'est-ce donc ? L'idée est d'acheter en pharmacie différents moyens de contraception : préservatif masculin, préservatif féminin, des spermicides, une cape cervicale, un diaphragme, une plaquette de pilule mini-dosée puis de mettre le tout dans une boîte accompagnée de la brochure imprimable et téléchargeable du Planning familial Choisir sa contraception. Les parents ont ensuite choisi un moment adapté où l'enfant avait du temps, afin de lui donner la boîte et d'aborder avec lui quelques sujets relatifs à la sexualité : l'importance des sentiments amoureux et des ressentis, le respect de son corps, le respect de l'envie de l'autre et l'importance de la contraception. 

Choisir sa contraception - la brochure du Planning familial

Par ailleurs, il nous a aussi été rapportée cette expérience d'un père de famille qui voulait absolument faire de la prévention afin d'éviter toute grossesse non désirée chez sa fille. Sa solution : mettre des préservatifs dans le cartable de sa fille dès ses 13 ans. Mais, comment lui faire passer l'information sans la choquer ? Sa solution a été de lui dire : "je te mets cela dans ton cartable parce que comme cela tu pourras dépanner un copain ou une copine qui risque de faire une "bêtise". Ce père nous expliquait alors que le préservatif protégeait selon lui de tout sauf de l'amour et que "charité bien ordonnée commence par soi-même", sa fille pensera directement qu'il faudrait qu'elle en garde pour elle-même, pour le cas où. Dès années après, alors que sa fille avait grandi, ce parent fut remercier par son enfant qui était certes devenue la fournisseuse officielle de préservatifs de toute sa classe mais qui avait aidé plus d'un de ses camarades à se protéger du sida, des ist ou encore d'une grossesse non désirée et pour lesquels le cercle familial n'était pas suffisamment ouvert et de confiance pour parler de contraception.

Aller plus loin : 
- le site IVG d'informations publiques sur l'avortement
- le site Sida Info Service 0.800.840.800
- le site canadien Ma sexualité qui fourmille d'informations sur la contraception et la sexualité
- le site de Martin Winckler
- la malle d'outils pédagogiques sur la contraception du CIRM-CRIPS Nord-Pas-de-Calais

mercredi 21 septembre 2016

Reconnaître la violence sexuelle éducative ordinaire



L'Observatoire de la violence éducative ordinaire nous aide chaque jour, lorsque l'on lit ses articles, à comprendre ce qu'est la violence éducative ordinaire.

Selon Olivier Maurel, on peut définir la violence éducative ordinaire comme étant "tous les comportements qui se veulent éducatifs, mais qui sont des formes de violence physique, verbale ou psychologique tolérées ou préconisées dans une société donnée".

Les autres membres de l'OVEO nous expliquent aussi que "la violence éducative ordinaire commence avec tout comportement destiné à convaincre l'enfant qu'un adulte sait forcément mieux que lui ce qui est bon pour lui et, à ce titre, doit en être obéi "pour son bien". 

L'adulte se croit moralement supérieur parce qu'il est plus puissant, plus expérimenté. Cela justifie une multiplicité d'abus plus ou moins subtils s'appuyant sur une argumentation de "sagesse", de "raison", que pourra reprendre ensuite l'enfant envers les plus petits ou les plus faibles que soi.

Sans témoin lucide, l'enfant ne peut identifier cet abus et le reproduira à son tour lorsqu'il deviendra parent. Pour lui, ses actes seront justifiés et justifiables de la même manière qu'on les lui a imposés.

"L'éducation à l'obéissance est donc le premier acte de violence éducative ordinaire, le pilier sur lequel d'autres violences plus visibles vont pouvoir s'appuyer. Car elle établit comme incontestable l'autorité parentale à laquelle l'enfant doit obéir. En fait, l'obéissance "par principe" de l'enfant est instaurée pour les seuls besoins de l'adulte."

"Aucun enfant n'agit naturellement de façon dangereuse ou volontairement blessante, envers soi-même ou autrui. Dressé à obéir, il sera peut-être docile, "sage", répondra peut-être aux attentes de l'adulte, mais sera-t-il alors vrai ? Tout enfant porte en soi les besoins d'attachement, d'imitation et de sensibilité à l'autre qui lui permettront de devenir un adulte responsable et bienveillant sans dressage, grâce à l'accompagnement modeste, attentif et affectueux des adultes qui l'entourent, à condition que ceux-ci ne cachent pas leurs refus et exigences personnels légitimes derrière une prétendue autorité pour le "bien" de l'enfant... 

On l'admet difficilement si l'on se sent incapable soi-même d'être un parent "à la hauteur" : la crainte du jugement de ses propres parents intériorisés n'est pas loin. Si l'on ne se sent pas capable de "bien" accompagner son enfant, il est illusoire de croire que par l'éducation à l'obéissance on va limiter les dégâts. 

Quoi qu'il en soit, définir la violence éducative ordinaire n'a pas pour but de soutenir les parents mais, en disant la vérité, de leur faire prendre conscience de ce qui, sous le prétexte d'éducation, fait violence à leurs enfants... donc à l'enfant qu'ils ont été."

Or, s'agissant de la question des violences sexuelles, bien souvent le parent semble encore moins conscient de ses actes et du fait qu'il pratique de telles violences sexuelles éducatives ordinaires au quotidien.

Que sont les violences sexuelles éducatives ordinaires ? Que recouvrent-elles ?

Il s'agit de toute situation entre l'enfant et le parent qui crée un inconfort pour l'enfant vis à vis de son corps, de ses parties intimes, de ses parties génitales. Il s'agit de toutes ces situations dans lesquelles se retrouvent un enfant du fait d'un comportement d'un parent et plus largement d'un adulte qui ne l'aide pas à pouvoir se sentir libre, sans emprise, sans domination dans son rapport avec son sexe, ses parties intimes, son intimité et sa pudeur.

Ces situations sont plus que nombreuses et elles débutent dès la naissance. Bien trop souvent, ces actes, gestes et paroles sont disqualifiés, justifiés, niés voir même sacralisés. Mais, ils génèrent en réalité un rapport de domination entre l'enfant et le parent. Il n'y a plus aucun rapport d'égalité entre eux. Il  n'y a dans ce contexte aucune bienveillance du parent à l'égard de son enfant. Le corps de l'un est ainsi laissé au bon vouloir, à la bientraitance ou à la maltraitance de l'autre.

Ces violences sexuelles éducatives ordinaires, dont on parle peu, ont pour conséquence une anesthésie générale de la société sur les comportements adéquats à adopter avec son enfant pour respecter à tout instant son corps et ses parties intimes, que ce soit dans le cadre de l'exercice global de l'autorité parentale, des soins d'hygiène, des moments d'affection portés à son enfant, des soins médicaux et qu'ils s'exercent au domicile familial, chez d'autres membres de la famille ou au sein d'établissements scolaires par exemple.

Cette omniprésence, cet entretien et cette fausse invisibilité des violences sexuelles éducatives ordinaires, leur quotidienneté couplée à un fonctionnement hypersexualisé de notre société a pour effet de renforcer le tabou de l'inceste, d'accroître les difficultés pour lutter activement contre la culture du viol et, de façon plus globale, nuit à l'interdiction légale de tous les actes pédocriminels et aux moyens qui permettent de les faire cesser.

L'adoption d'une démarche préventive et toute attitude de prévention des violences sexuelles commises à l'encontre des enfants, sont, dans ce contexte quasi impossibles.

La nécessité de reconnaître dans l'éducation que l'on donne à son enfant, dans ses pratiques éducatives les violences sexuelles éducatives ordinaires est donc un préalable.

Ne pas reconnaître l'existence des violences sexuelles éducatives ordinaires, c'est soutenir que les violences sexuelles sont peu nombreuses, exceptionnelles et ne touchent pas les enfants. Or, le nombre de faits rapportés et les décisions judiciaires prises pour protéger les enfants nous démontrent tout le contraire.

Aussi, est-il indispensable de prendre conscience de ses propres conduites en tant que parent, de ses pratiques au sein de sa propre famille, afin que déjà ses propres enfants soient pleinement respectés en tant que personne.

Si les viols, agressions sexuelles sur mineur.es et autres actes de pédocriminalité rapportés par les médias font grand bruit, ceux-ci ne sont que la face visible de l'ensemble des violences sexuelles éducatives ordinaires qui font le quotidien des enfants.

Afin de vous accompagner dans cette prise de conscience et cette reconnaissance de pratiques éducatives sexuelles maltraitantes, voici une table des violences sexuelles éducatives ordinaires que nous avons pu recenser.

Les violences sexuelles éducatives ordinaires et l'autorité parentale
  • obliger à une excision ou à une infibulation sa fille
  • faire circoncire avec ou sans anesthésie son garçon
  • imposer des opérations chirurgicales sur le sexe des enfants
  • imposer des examens gynécologiques ou urologiques à son enfant
  • sacraliser la virginité de son enfant
  • faire vérifier ou vérifier la virginité de son enfant
  • imposer ou refuser un avortement
  • imposer ou refuser une naissance
  • imposer une stérilisation
  • refuser de dire à un enfant qu’il est né d’un viol
  • poser des regards objectivant sur les parties sexuelles de son enfant
  • se moquer de la taille du sexe de son enfant, de ses poils naissants, de la taille de ses seins, de sa vulve
  • faire des comparaisons de taille de fesses, de seins, de sexe de son enfant avec ceux d’un adulte ou d’un autre enfant
  • faire des brimades à caractère sexuel ou sexiste à son enfant
  • faire des remarques déplacées qui projettent dans le temps son enfant comme un objet sexuel
  • cultiver une éducation sexiste et qui impose une domination masculine
  • menacer son enfant « qu’on va lui couper le zizi »
  • donner des fessées et tapes sur les fesses
  • lui imposer le naturisme
  • pester quand l’enfant veut encore aller aux toilettes ou demande à boire
  • imposer des contacts physiques de son enfant avec des tiers : toucher de main, main sur la tête, main sur la joue, main sur l’épaule, main sur la cuisse, main sur la fesse, main sur la poitrine…
  • imposer l’ingurgitation d’aliments qui écœurent ou dégoûtent
  • s’immiscer dans l’intimité de son enfant, dans ses relations amoureuses
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et la dimension affective
  • imposer à un enfant de faire des câlins à un tiers inconnu
  • Imposer à son enfant de faire des câlins avec son parent alors que l’enfant se dérobe
  • Imposer à un enfant de faire ou recevoir des bisous et baisers
  • embrasser son enfant sur la bouche
  • chatouiller, pincer, caresser le sexe et ou les parties intimes de son enfant
  • embrasser le sexe de son nourrisson
  • embrasser le sexe de son enfant
  • embrasser, lécher ou chatouiller l’anus de son enfant
  • obliger son enfant à se dévêtir à un moment où il le refuse ou est dans l’incapacité d’exprimer s’il le souhaite ou non
  • imposer à un enfant de voir ses ou l’un de ses parents sous la douche
  • se promener nu et s’exhiber devant son enfant
  • refuser en tant que parent de remonter sa propre braguette ou ne pas remonter celle de son enfant
  • se gratter sciemment les parties intimes devant son enfant
  • mettre dans l’inconfort un enfant par le jeu qu’on lui impose et qui ne respecte son corps
  • imposer à son enfant de dormir avec lui
  • imposer à son enfant qu’il vous masse ou se laisse masser
  • autoriser la prise d’hormones pour le changement de sexe de son enfant alors qu’il n’est pas en mesure de comprendre les conséquences à long terme que cette prise générera
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et les soins d'hygiène, les attitudes corporelles de l'enfant et sa tenue vestimentaire
  • refuser de nettoyer la tétine d’un enfant
  • imposer le sein à un enfant alors qu’il n’en veut plus
  • changer son enfant devant toute la famille
  • déshabiller avec brusquerie son enfant
  • avoir des gestes brusques et qui ne respectent pas l’intégrité corporelle de l’enfant au moment du change, au moment du bain, au moment du séchage de l’enfant, chez le médecin, chez un des membres de la famille, devant un.e inconnu.e
  • manipuler et porter son enfant sans prêter attention à ses parties génitales : sangles trop serrées dans le siège bébé, porte bébé qui écrase les testicules, exercent des pressions sur le pubis des fillettes
  • obliger un enfant à se rendre à la piscine et à se mettre en maillot de bain
  • tapoter les fesses de bébés pour qu’il fasse son rôt
  • décalotter son garçon
  • ne pas donner à son garçon des conseils pour apprendre à se décalotter seul
  • nettoyer le vagin de sa fille alors qu’il est auto-nettoyant
  • imposer des douches vaginales à sa fille
  • ne pas apprendre à son enfant à nettoyer son sexe
  • refuser à son enfant de se déshabiller seul.e
  • nettoyer le sexe, les fesses et l’anus de son enfant alors qu’il est en âge de le faire lui-même
  • procéder à des soins injustifiés d’hygiène et qui mettent dans l’inconfort l’enfant
  • interdire à son enfant de se masturber
  • ne pas laisser son enfant se masturber ou se toucher
  • ne pas indiquer à son enfant qu’il a le droit de se masturber et de toucher toutes les parties de son corps, que son corps lui appartient et qu’il peut le faire dans un endroit adapté
  • ne pas expliquer à son enfant comment se laver les parties intimes
  • ne pas expliquer comment utiliser du papier toilette
  • ne pas expliquer comment utiliser des sanitaires, comment relever la lunette des toilettes, nettoyer au besoin le toilette
  • ne pas adapter les sanitaires à l’âge de l’enfant : hauteur, diamètre de l’ouverture de la lunette, absence de pot, absence de marche pour monter sur le toilette
  • ne pas acheter de produits d’hygiène intime à son enfant et qui lui seraient nécessaires selon son âge
  • ne pas changer suffisamment son enfant
  • ne pas laver le linge intime, ni l’entretenir, ni acheter du linge adapté
  • ne pas apprendre à être propre à son enfant avec bienveillance, le lui enseigner trop tôt
  • lui imposer d’uriner ou de déféquer plus tard, de se retenir, ou dans un endroit sale ou mal adapté
  • ne pas informer sa fille sur ce que sont les règles, quand elles arrivent
  • laisser sans hygiène la douche ou les sanitaires du domicile familial
  • obliger l’enfant à dormir dans des draps souillés
  • obliger l’enfant à porter des vêtements souillés
  • obliger l’enfant à laver ses propres vêtements souillés
  • obliger l’enfant à nettoyer son urine
  • faire porter des couches à un enfant qui n’en a plus l’âge
  • ne pas acheter de serviettes hygiéniques ou tampons à sa fille ou en nombre suffisant
  • imposer de mettre de la crème sur les fesses ou parties intimes d’un enfant sans raison
  • refuser d’acheter un soutien gorge
  • refuser d’acheter des caleçons ou des slips pour un meilleur confort de l’enfant
  • refuser à l’enfant son intimité, sa pudeur, qu’il.le prenne sa douche seul.e, qu’il.le aille aux toilettes seul.e
  • imposer ou refuser une épilation
  • imposer des bains à plusieurs
  • pester sur les odeurs des parties intimes de l’enfant
  • utiliser des cosmétiques sur les parties intimes de l’enfant
  • sexualiser la tenue vestimentaire de son enfant
  • laisser son enfant sans sous vêtements à la vue d’autrui
  • inscrire son enfant à un cours de pole dance
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et les maux de l'enfant
  • imposer le suppositoire comme seul remède aux maux de l’enfant
  • réaliser des prises de températures rectales alors que d’autres méthodes existent
  • imposer le lavement comme seul remède à la constipation de l’enfant
  • prendre à la légère des mycoses du nourrisson
  • prendre à la légère des fissures anales
  • ne pas s’inquiéter d’un saignement anal ou vaginal
  • ne pas s’inquiéter du signalement de douleurs aux fesses par l’enfant
  • penser que le refus de s’alimenter est une colère alors qu’il peut cacher d’autres souffrances
  • ne pas s’inquiéter des pleurs de son enfant au moment du change et de ses sursauts ou cris alors qu’on le change
  • refus de donner des médicaments qui soulagent les douleurs de règle
  • refus de donner des médicaments qui soulagent un phimosis
  • refus d’emmener son enfant à une consultation médicales pour cause de douleurs pubiennes ou aux parties intimes
  • imposer l’intromission d’ovule dans le vagin de sa fille alors qu’elle est en mesure de le faire elle-même
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et la structure familiale
  • refuser de parler avec sa.son conjoint.e de l’existence des violences sexuelles et de faire une prévention commune
  • refuser de parler de l’inceste avec sa.son conjoint.e
  • s’abstenir de rejeter des attitudes des membres de la famille, gestes, paroles qui heurtent les parties intimes de l’enfant et sa sensibilité
  • refuser d’écouter son enfant qui ne veut pas se rendre chez un des membres de la famille
  • avoir des attitudes parentales hypersexualisées devant son enfant
  • faire des sous-entendus à caractère sexuels en présence de son enfant
  • laisser poser son enfant de façon suggestive pour prendre une photo de lui
  • se moquer d’une posture de son enfant et la sexualiser
  • diffuser des photos de son enfant par internet qu’il soit dénudé ou non
  • emmener son enfant dans un lieu ou un endroit dont on sait qu’il va l’insécuriser et l’inconforter dans son rapport à son propre corps
  • laisser trainer des objets sexuels dans son domicile
  • visionner un film pornographique en présence de son enfant
  • invectiver sa-son conjoint.e sur son manque d’appétence sexuelle devant son enfant
  • raconter à son enfant ses fantasmes et ses pratiques sexuelles
  • comparer physiquement sa femme et sa fille, son conjoint et son fils, faire des comparaisons physiques entre les enfants d’une même famille ou des membres de la famille
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et les modes de garde et la scolarité de l'enfant
  • ne pas prévenir son enfant des 3 visites médicales scolaires obligatoires et ne pas expliquer à son enfant qu’un médecin ou quiconque ne peut lui toucher ses parties intimes
  • ne pas expliquer à l’enfant qu’à la maternelle, il y aura des sanitaires collectifs
  • ne pas laisser à l’enfant des mouchoirs en cas d’urgences urinaires ou fécales
  • ne pas signaler à l’établissement scolaire les problèmes exposés par l’enfant et liés aux sanitaires : hygiène, voyeurisme, manque de papier toilette, manque d’intimité
  • ne pas laisser sortir un enfant de la classe pour aller aux toilettes
  • ne pas discuter avec son assistante maternelle des pratiques d’hygiène corporelle et de change, mise sur le pot, décalottage, prise de la température de son enfant ou avec tout autre interlocuteur qui s’occupera de votre enfant
  • refuser de faire de la prévention en collaboration avec l’établissement scolaire de votre enfant, ne pas se rendre aux réunions
  • prendre à la légère le harcèlement sexuel à l’école
  • ne pas soutenir son enfant victime d’insultes sexistes
  • ne pas considérer le refus de l’enfant d’aller à l’école, de croiser une personne, un autre enfant ou de se rendre chez une personne qui en a la garde
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et le corps médical
  • laisser son/un médecin déshabiller son enfant sans lui donner aucune explication
  • laisser son/un médecin toucher les parties intimes de son enfant sans lui donner aucune explication
  • laisser son/ un médecin décalotter son fils
  • laisser son enfant seul avec un médecin sans précaution particulière
  • accepter de faire pratiquer un toucher rectal à son enfant alors qu’il n’est pas nécessaire et peut être suppléé par une autre pratique médicale
  • accepter de faire pratiquer un toucher vaginal à son enfant alors qu’il n’est pas nécessaire et peut être suppléé par une autre pratique médicale
  • contractualiser la circoncision ou l’excision de son enfant avec un établissement de soins, sa mutuelle ou tout autre organisme d’assurance
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et la prévention des violences sexuelles et l'information sur la sexualité
  • justifier auprès de ses amis l’absence de prévention des violences sexuelles et d’information à la sexualité en disant « chez nous, on ne parle pas de ça », « on ne parle pas de ces choses là »
  • refuser de donner des contraceptifs à son enfant ou imposer la prise de contraceptifs
  • refuser de donner de l’argent à un enfant pour qu’il achète ses moyens de contraception
  • refuser de parle de la sexualité avec son enfant
  • demander à un enfant de garder le silence sur ce dont il a été témoin comme violences sexuelles
  • s’abstenir de mettre un contrôle parental sur les outils de communication s’agissant de l’accès à la pornographie et à toute ressource média ayant un caractère sexuel  
  • ne pas expliquer ce que sont les violences sexuelles, la pornographie, la prostitution
  • croire que laisser son enfant seul avec un outil de prévention des violences sexuelles suffit
  • ne pas expliquer à son enfant comment on fait les bébés
  • ne pas nommer les parties intimes par les mots du langage courant : pénis, testicules, vulve, clitoris, vagin, fesse, anus, sein, bouche…
  • créer des mots tabous
  • ne pas faire de prévention au sein des fratries
  • autoriser ou laisser faire des jeux à caractère sexuels ou stéréotypés
  • autoriser ou laisser visionner seul et librement de films sans aucun contrôle parental
  • désinformer, mal informer ou s’abstenir d’informer sur la recrudescence du sida et des mst en France
  • dire à son enfant qu’il.le peut se prostituer et nier que la prostitution est de la violence sexuelle tarifée
  • dire à son enfant que la pornographie est un métier
  • ne pas expliquer ce qu’est la pornographie et que c’est de la violence sexuelle
  • refuser de croire que l'âge du premier visionnage d’un film pornographique pour les garçons est de 9 ans et pour les filles de 11 ans
  • ne pas écouter les paroles d’un enfant qui sont à caractère sexuel, les banaliser et ne pas se demander pourquoi il.le parle de cela
  • dénigrer les sentiments amoureux qu’un enfant peut ressentir
  • ne donner aucune indication sur le fait qu’un rapport sexuel entre un mineur et un majeur en France est interdit par la loi
S'interroger sur ses attitudes, gestes et paroles en tant que parent, tenter de corriger certaines pratiques éducatives, en parler avec un tiers, c'est déjà offrir à votre enfant un espoir de trouver ou re-trouver un cadre plus bienveillant pour lui permettre de grandir. 

Etre conscient des violences sexuelles éducatives ordinaires qu'on inflige à son enfant, reconnaître qu'elles sont nuisibles à son enfant, s'excuser, en parler avec son enfant, se faire accompagner et changer sont ensuite des étapes indispensables pour permettre à votre enfant de retrouver son intégrité corporelle.

Tout enfant, dès sa naissance, a droit au respect de son corps, à son intégrité corporelle et psychique. 

Prévenir les violences sexuelles, c'est reconnaître la violence sexuelle éducative ordinaire. 

lundi 19 septembre 2016

Enfants maltraités : organiser la lutte en réseau


Mardi 13 septembre, 20h50, un documentaire intitulé "Enfants maltraités : un silence à briser" est diffusé sur France 5, l'occasion de découvrir quelques figures importantes de professionnels qui luttent activement contre toutes les formes de maltraitances commises à l'encontre des enfants, de l'humiliation aux viols. 

« Le problème de la maltraitance, c’est qu’on n'a pas envie que ça se passe. C’est plus confortable de faire comme si ça n’existait pas ».

Justice, médecine, police se mêlent donc, se confrontent et se heurtent afin de rappeler et de faire exister les droits des enfants : le droit à l'intégrité corporelle et le droit d'être reconnu victime de maltraitance. 

Au début du documentaire, pour les policiers, l'enjeu est de savoir qui "a eu ce geste incontrôlé", celui de secouer un bébé. C'est ainsi que démarre le reportage. 

Pourquoi un adulte a eu ce geste envers un enfant ? L'objectif est pour ces policiers de pouvoir donner une explication à l'enfant qui a été victime. La police a pour mission d'enquêter, de rapporter des preuves, de démontrer que les maltraitances sont réelles et qu'elles ont été causées par un auteur identifié : un parent, un membre de la famille, une connaissance. Si les policiers s'affèrent avec les parents maltraitants, de l'autre, les médecins et soignants accompagnent au mieux les enfants victimes. 

C'est ainsi que nous découvrons Caroline Rey-Salmon, la chef de service des Unités médico-judiciaires de l'Hôtel Dieu. C'est elle qui reçoit les petites victimes afin de les examiner, de constater leurs blessures. 

Selon elle, les médecins qui accompagnent les enfants maltraités ont une mission spécifique lorsqu'ils exercent aux unités médico-judiciaires."C’est à nous d’ouvrir les portes pour qu’ils puissent parler. C’est à nous de se former pour permettre aux enfants de nous dire des choses. Et parfois de nous dire avec des débuts de mots, des débuts de phrases, des suggestions. C’est à nous d’entendre ça."

Sa posture est non seulement celle d'un médecin mais aussi celle d'une écoutante. La parole des enfants ne peut se libérer que doucement, dans un cadre sécurisé. Et, bien souvent d'ailleurs, elle ne se libère que si l'on pose vraiment des questions aux enfants. Une jeune fille, victime de viols, nous raconte comment elle a révélé les agressions subies à sa psychothérapeute : "j'ai pas expliqué, sous questions, j'ai répondu". 

Cette phrase tirée du documentaire comme d'autres que nous avons relevées et que nous rapportons dans cet article est particulièrement importante. En effet, ainsi que l'explique Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol, lorsqu'un enfant est victime de violences sexuelles, il est soumis à une stratégie de mise sous terreur par l'agresseur. On le fait promettre de garder le silence en le menaçant, en lui faisant peur. Cette stratégie enserre ainsi la parole de l'enfant victime et il ne peut seul réussir à parler. Par conséquent pour Emmanuelle Piet, il faut comprendre que si l'enfant victime a promis de ne rien dire, il n'a pas promis de ne pas répondre aux questions qu'on pourrait lui poser. 

Oser demander à un enfant si il a été victime de violences sexuelles est donc non seulement un acte de prévention mais surtout la seule solution pour le faire sortir de l'enfer de la peur dans lequel l'agresseur l'a plongé. 

Patricia Vasseur, infirmière-puéricultrice, collègue de Caroline Rey-Salmon aux UMJ, témoigne également de sa pratique. Elle nous explique les dispositions qui sont prises pour procéder à l'examen médical gynécologique des enfants. Cet examen est une des étapes clés de la procédure judiciaire dans la mesure où il va permettre de corroborer les dires de l'enfant. Pourtant, encore trop souvent, des idées sont véhiculées sur l'impact négatif que pourrait provoquer cet examen sur l'enfant. Et, conséquence directe de cette idée reçue, certains parents se cachent derrière ce prétexte pour ne pas protéger leur enfant et ne pas porter plainte. 

Pourtant, Patricia Vasseur nous explique : "on va dire : "ha mon Dieu, ça va rappeler les faits, ça va être comme une autre agression et tout. Et pas du tout, parce que nous on est souvent les premières personnes qui ont accès au corps, à l’intimité et au corps de l’enfant après l’agression. Et on est là pour redire : ton corps, c’est le tien, il t'appartient, il est à toi. Nous on est des soignants, et on fait tout avec la collaboration de l’enfant [on est là aussi pour] répondre aux questions de l’enfant sur sa santé et son corps.Ce qui est important, c’est de pouvoir mettre un enfant en position de victime, [et lui dire] tu es victime de maltraitance."

Parmi les différents plans du documentaire, on voit souvent une petite grenouille. C'est elle, cet animal qui vit accroupie et dont les cuisses sont toujours écartées qui a permis à Caroline Rey-Salmon de développer une technique d'examen médical gynécologique non traumatisant pour les enfants victimes de violences sexuelles. 

Pourtant, malgré l'acharnement de certains professionnels de la police ou de la médecine, il est des situations où les enfants ne parlent pas, ou alors, des situations où ils ont parlé et n’ont pas été écoutés. Et, ces situations vont durer des années et personne ne va les aider à se reconstruire.

C'est face à cette situation, que les journalistes ont choisi de nous présenter le commandant Guy Bertrand lequel est particulièrement engagé afin d'inciter quiconque qui a eu connaissance de faits de maltraitance à faire des signalements. Car le signalement est encore tabou dans de nombreuses institutions, notamment scolaires qui ne savent pas faire face. « On ne sait jamais quelle attitude on doit avoir » rapporte un des membres d'une communauté éducative. L'intérêt supérieur de l'enfant est souvent mis en balance avec des considérations morales : vais-je briser le lien enfant/famille si je signale, quelle réputation aura l'établissement après ? 

Pourtant comme le rapporte le commandant Guy Bertrand : "le procureur dit « vous avez des doutes, vous dénoncez ». Vous vous trompez, on dira mince. Vous, sur des mineurs [s'adressant à la communauté éducative], si vous êtes témoin, si vous entendez et que vous ne dénoncez pas, c’est vous les fautifs ! Ne pensez pas aux poursuites, à la famille, vous, c’est l’enfant qui vous préoccupe. Le parquet, la justice pour l’instant ne pourrait pas, et d'ailleurs n'a jamais poursuivi les gens qui ont fait des signalements et qui se sont trompés. Sinon, déjà qu’il n’y a pas beaucoup de signalements et si en plus on est poursuivit quand on se trompe, on en aura plus et plus personne ne s’occupera des enfants. Et, on les retrouvera morts et on les récupérera à la sortie et on dira : si on avait su, on aurait signalé."

Alors comment dépasser ces blocages ? Comment faire en sorte que le signalement soit systématisé dans les établissements scolaires ? Pour le commandant Bertrand, deux actions sont nécessaires : d'un côté rassurer et de l'autre créer des liens. C'est parce qu'un travail en réseau et solidaire est réalisé en matière de lutte contre la maltraitance que non seulement des conduites violentes peuvent être évitées mais bien plus qu'elles finissent par cesser.  

Car, de l'autre côté, pour la victime, le chemin vers la reconstruction est complexe. Pour la victime, la psychothérapie est une étape incontournable sur ce chemin. 

C'est dans ce contexte que nous est présenté une autre figure du réseau : Mélanie Dupont, la psychologue des UMJ. 

Lorsque Mélanie Dupont reçoit des enfants victimes, elle leur demande toujours : "est-ce que vous savez ce que c’est un psychologue ?" Ce jour là, elle reçoit trois frères et l'un d'eux lui répond : "c’est comme pouvoir avoir des mots". "Exactement", confirme-t-elle. "Quand tu dis des mots, c’est que peut être des fois on vit des choses à l’intérieur, ou qu’on dit pas (dit l’enfant), oui, qu’on a du mal à dire, on ne sait pas les dires parce qu’on a pas les mots, qu’il faut." De part sa pratique Mélanie Dupont nous explique : "ce qui anime je crois principalement, c’est pouvoir les accompagner pour grandir, et grandir au mieux.". Les enfants développent de nombreux mécanismes pour faire avec et le travail du psychologue, c'est de les accompagner dans l'utilisation de leurs mécanismes. Mais la tache n'est pas aisée ; c’est d’autant plus complexe chez celui qui écoute l'enfant qu'il lui faut supporter l’insupportable.

Face à cet insupportable, seule l'application de la loi peut permettre de remettre les choses à l'endroit. Le juge est ainsi là pour protéger les enfants des adultes. Il est en interaction permanente sur la société. Le vice procureur Sylvain Barbier Sainte Marie, autre figure que nous découvrons, nous explique que "la lutte contre la maltraitance, ça part de la prévention et de la connaissance" et qu'il est nécessaire d'avancer ensemble en réseau. 

Pourquoi peut-on se demander ? Pourquoi est-il nécessaire d'avancer ensemble en réseau ? 
Car la maltraitance est invisible ; soit parce qu'elle ne laisse pas de trace, soit parce que nous n'ouvrons pas les yeux sur elle. Trop souvent, on entend "c'est pas grave" or, si, c'est très grave. Il ne faut pas oublier que nos petits d'aujourd'hui ce seront nos grands de demain et que si ils se construisent de la bonne manière et bien, ils seront de bons parents et de bons adultes et c'est extrêmement important. Cette action partenariale et de réseau apparaît, comme en témoigne ce reportage, comme le seul remède efficace à une société qui ne parvient pas à protéger ses enfants. Ce qu'il faut faire c'est de la prévention des violences sexuelles à long terme. 

Si cette conclusion que nous avons rédigée à partir des différents témoignages recueillis dans ce reportage est pour le moins éclairante et donne espoir pour rendre plus efficace le système de protection de l'enfance, de l'autre il y a la tristesse d'un constat. En effet, dans un ouvrage récemment publié, Hélène Romano dénonce les régressions du système français de protection de l'enfance : la protection de l'enfant n'est pas une priorité, la société véhicule une idée fausse qui vise à dire que les maltraitances se réparent rapidement, beaucoup trop d'enfants sont en souffrance dans les structures d'accueil sensées les protéger et le système français de protection ne parvient pas à penser le temps pour appréhender les maltraitances.  

Aussi à la suite du documentaire et pour prolonger le débat, l'émission Le monde en face a reçu sur son plateau deux invitées afin d'apporter des éclairages supplémentaires sur la situation des enfants maltraités : Hélène Romano psychologue spécialisée dans la prise en charge des psychotraumatismes des enfants maltraités et Gwendoline Alves Garcia, victime de maltraitance. 

Hélène Romano appuyée par le témoignage de Gwendoline Alvès Garcia répondra à trois questions que nous avons choisi de retranscrire : 

Qu’est ce qui fait qu’on devient un parent maltraitant ? Pour Hélène Romano, "être père ou mère, c’est l’état civil. Devenir papa ou maman, c’est psychologique, c’est de l’ordre de quelque chose de la rencontre entre un enfant et un parent. Et, cette rencontre là, elle se fait des fois facilement et des fois elle s’apprivoise difficilement. C’est très lié à l’histoire du parent, c’est très lié à la place de cet enfant dans l’histoire de ce parent là, à ce moment là. Certaines fois, c’est compliqué." Elle ajoute qu'en plus du huit clos des familles, "l'environnement a une grande place pour apaiser ou renforcer la maltraitance" et renforcer le sentiment d'abandon de l'enfant. 


La loi du silence d’où vient-elle ?
  1. "d'abord, elle vient de la difficulté de notre société à se représenter qu’un enfant peut être massacré, maltraité par son parent. La société a comme un a priori protecteur envers le parent.
  2. ensuite, l’enfant est solidaire de son parent maltraitant. Il n'arrive pas à se penser autrement. Il espère désespérément que son parent va l’aimer et il ne va pas dénoncer son parent. C’est un leurre, c’est illusoire de s’imaginer que l’enfant maltraité dénonce.
  3. enfin, les professionnels ont du mal à voir et parfois s’alertent ou sont faussement rassurés. Il existe un grand manque de formation et de sensibilisation du grand public sur la situation des enfants maltraités; qui en plus très souvent se sont hyperadaptés aux maltraitances qu'ils subissent. Cela a pour effet que leurs souffrances deviennent presque invisibles."
Comment se reconstruire en n'étant pas que cette maltraitance ? En redevant sujet, en redevant sujet de son histoire. La maltraitance, c’est un déni d’être. On a été traité comme un objet. Quand on devient sujet de son histoire, apprendre à prendre soin de soi, à se dire qu’on vaut la peine, qu’on a de la valeur pour soi, à restaurer ou à créer une estime de soi même, [alors on comprend que ] c’était un épisode de soi-même, [mais] maintenant, il y a la vie, il y a la vie devant, faut être être dans sa vie, c’est très important de s’autoriser à ça."

Ainsi, comprendre les maltraitances, le fonctionnement de notre système de protection, ses défaillances, sont autant de solutions pour prévenir les violences sexuelles. Pour sauver les enfants maltraités, organisons notre lutte en réseau. 


Aller plus loin : 
- la grenouille ou la technique d'examen médical gynécologique non traumatisant pour les enfants victimes de violences sexuelles
- le témoignage de Gwendoline Alvès Garcia : A coeur ouvert, née d'un viol
- le syndrome du bébé secoué expliqué par Caroline Rey-Salmon

vendredi 16 septembre 2016

Stop à la maltraitance émotionnelle - mais comment ?


Avec les progrès des neurosciences, il a été prouvé qu'un enfant de moins de 3 ans ne peut pas gérer ses émotions tandis qu'un enfant de 6 ans peut tout juste commencer à apprendre ce qu'elles sont s'il a un parent qui les lui enseigne ou un éducateur-enseignant. 

Au delà de cet âge, l'apprentissage du vocabulaire des émotions est essentiel afin que l'enfant puisse dire ce qu'il ressent, ce qui lui convient, ce qui ne lui convient pas, si il se sent triste, déçu ou si il se sent en colère. Il pourra alors commencer à comprendre ce qui a provoqué en lui les émotions qu'il ressent, lesquelles ne sont en réalité que des réactions d'adaptation aux situations qu'il vit. Il pourra alors commencer à apprendre à gérer son émotion. Car les émotions ne sont pas mauvaises, elles sont moteurs. 

Or, tant que l'émotion n'a pas été verbalisée, que ce soit par l'enfant lui même ou par l'adulte qui l'accompagne et, surtout, tant que l'émotion n'a pas été entendue, elle continue telle un petit ver dans une pomme à déstabiliser l'enfant. 

L'enfant déstabilisé n'est ainsi pas en pleine possession de la situation, de son corps, de son esprit. Il souffre de l'intérieur, comme prisonnier de son corps, de sa tête, de ses pensées, de sa tourmente. 

Et, si en plus de cela, le parent ou l'éducateur n'accueille pas son émotion, alors le ver continue son chemin dans la pomme et grossit un peu plus chaque jour, enfermé là.

Accueillir les émotions d'un enfant est, en plus, bien souvent, difficile pour le parent ou l'éducateur. Les réactions émotionnelles des enfants sont, en général, à la hauteur de la tempête intérieure qu'ils ressentent. Le parent ou l'éducateur n'est pas doté d'un mode d'emploi et l'éducation qu'il a reçu l'enserre souvent dans plusieurs dilemmes : d'un côté, la volonté de bien faire, d'être bienveillant, de ne pas nuire et de l'autre, l'importance de donner des limites, d'avoir de la fermeté, d'oser dire non. Le parent ou l'éducateur a pu en plus lui même être maltraité ce qui l'empêche souvent de réagir avec bon sens.

Bien souvent le parent pense bien faire, croit bien faire mais empêche l'enfant d'exprimer son émotion. Celle-ci se retrouve alors enfermée et l'enfant peut littéralement implosé.

Or, c'est cette attitude de dénigrement qui porte le nom de maltraitance émotionnelle.

Mais alors comment composer ? Comment faire ? Comment bien faire ? Comment sortir de la maltraitance émotionnelle ?

En adoptant autant que possible une pratique éducative, qui dès la naissance, permette l'expression et l'accueil des émotions de l'enfant. Ce sont cette expression et cet accueil qui vont permettre de sécuriser émotionnellement l'enfant. Alors ses émotions ne seront pas des parasites mais de véritables moteurs pour lui permettre d'être heureux dans sa vie. 


Mais, chaque enfant est différent, chacun possède son tempérament et sa compréhension du monde. Ses aptitudes peuvent être diverses. Aussi, plusieurs réponses existent pour permettre à l'enfant d'exprimer ses émotions et aux parents ou éducateurs de l'accompagner dans cette communication ; évitant en cela toutes formes de violence et en particulier ce que l'on nomme la violence éducative ordinaire.

La violence éducative ordinaire est la situation dans laquelle pour se faire obéir, que l'enfant se calme, l'adulte, le parent ou l'éducateur use de moyens inefficaces : la menace, l'amour sous condition, le rejet, l'insulte, l'humiliation, l'affirmation de l'autorité ou encore l'absence d'attention. Ces situations de violence éducative ordinaire dans lesquelles tout adulte peut se reconnaître n'aboutissent en réalité qu'à abîmer un peu plus l'enfant et bien souvent pour toute la vie. Ces violences s'inscrivent dans la mémoire de l'enfant mais aussi dans tout son fonctionnement neurologique.

Mais, alors, comment peut-on faire ? Et, surtout, peut-on faire autrement ? Que faire pour ne pas maltraiter émotionnellement son enfant ? Pour permettre un retour à l'apaisement et à la joie de l'enfant et de son accompagnant ?

La réponse : oser changer ses propres conduites. 

1) devenir conscient de ce que l'on fait et de ce que le stress génère chez l'enfant. Il importe d'être conscient des conduites que l'on a avec son enfant, de prendre conscience que nos gestes ont des impacts directs sur les émotions de notre enfant. Dans un article très éclairant, on peut facilement comprendre comment  le cerveau stressé d'un enfant lui fait perdre tous ses moyens.

A tout âge de l'enfant, il importe d'être conscient que tout enfant doit pouvoir exprimer ses émotions, que ce soit chez les plus petits, comme chez les 5 à 8 ans, mais aussi chez les pré-ados ou les ados. A l'âge adulte, grâce à cette bienveillance constante, ces enfants devenus grands auront progressivement acquis suffisamment de confiance en eux pour ne pas se laisser dépasser par des situations difficiles et pourront verbaliser leurs souffrances sans attenter aux autres.

Cette conscience doit nécessairement s'inscrire dans nos quotidiens car c'est chaque jour que nous accompagnons nos enfants. Un dicton nous rapporte que "si un enfant grandit dans l'hostilité, il apprend à se battre et que si un enfant grandit dans la sécurité, il apprend à avoir confiance". Essayons de le garder à l'esprit. 

2) identifier ses propres limites : oser dire que l'on n'en peut plus, qu'on ne sait pas gérer, que là, ça va trop loin, que ça nous renvoie à nous même des émotions que nous ne parvenons pas à gérer, que la situation nous rend comme une cocotte minute, prête à expulser tout son air chaud.

Il est important de savoir que si enfant, nous n'avons pas nous même reçu suffisamment d'affection et d'attention, alors nos réactions avec nos propres enfants seront biaisées. Il nous sera toujours difficile de ne pas réagir de façon épidermique et de ne pas être violent émotionnellement.

Isabelle Filliozat l'explique très clairement. Le cerveau d'un parent dont l'enfance a été abîmée ne sécrète pas les mêmes hormones que celui d'un parent dont l'enfance n'a été faite que d'amour et d'affection. Cette réalité neurobiologique peut ainsi rendre impossible certains soins d'un parent pour son enfant.


3) accepter d'être aidé : oser appeler un ami, un membre de la famille, se renseigner, prendre contact avec des professionnels permet de ne pas rester, soi-même, déstabilisé face à une situation de crise émotionnelle que l'on ne peut gérer.

Le site Naître et Grandir offre des conseils pratiques pour apprendre à son enfant à gérer ses émotions selon son âge : 
- comportement et discipline de 5 à 8 ans

Pour recevoir des conseils et être soutenu dans votre parentalité, vous pouvez aussi contacter la ligne Allo Parents Bébé 0.800.00.3456 du lundi au vendredi de 10h à 20h. Selon l'étude réalisée par TNS-SOFRES en janvier 2008 pour Enfance et Partage, 1 mère sur 5 - soit près de 50 000 femmes - ne sait pas vers qui se tourner pour trouver de l'aide face aux réactions et au comportement de son bébé, ainsi qu'à ses propres sentiments. C'est pour pallier à cette absence et en s'appuyant sur son expertise en matière de téléphonie sociale qu'Enfance et Partage a créé en février 2008 Allo Parents Bébé, un numéro vert. Allo Parents Bébé s'adresse aux femmes enceintes, aux futurs pères, aux frères, aux soeurs, aux grands-parents et proches de l'enfant, mais également aux professionnels de la santé et de la petite enfance.

En appelant la mairie de votre commune, vous pouvez aussi être orienté vers le service municipal d'aide sociale de votre ville afin d'être mis en contact avec des éducateurs spécialisés qui pourront vous aider dans votre parentalité ou encore avec des puéricultrices et tout autre interlocuteur chargé de la protection de l'enfance et qui pourront répondre à vos questions et vos interrogations.

4) essayer de nouvelles pratiques éducatives : deux ouvrages sont particulièrement aidant pour ne pas maltraiter émotionnellement son enfant : J'ai tout essayé d'Isabelle Filliozat et Mon bébé comprend tout d'Aletha Solter. Dans ses deux ouvrages, nous sont transmises des techniques pour gérer les situations de crises émotionnelles tout en ne se laissant pas déborder. 

Comment par exemple traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans ? Voici une petite vidéo qui offre des solutions. 


5) donner du temps à l'enfant pour qu'il trouve aussi son propre chemin d'expression de ses émotions. Il n'est pas aisé d'entendre son enfant crier, pleurer et s'exprimer ainsi avec force, colère, rage mais cela est pourtant nécessaire tant qu'il ne peut verbaliser autrement ce qu'il ressent.

Durant toute sa croissance, l'enfant a besoin de cet espace de bienveillance pour exprimer ce qu'il ressent. Donner du temps à l'enfant, lui laisser de l'espace pour s'exprimer sont là des solutions pour l'aider, à tout âge, à trouver le chemin de l'apaisement. 


6) jouer avec son enfant à connaître ses émotions : dès deux ans, il est possible d'apprendre à son enfant des mots ou des expressions pour traduire ses émotions. Il est possible de lui enseigner l'auto-régulation :


De même, il est possible d'apprendre à l'enfant à gérer son agressivité. Si l'agressivité fait partie du développement normal de l'enfant, il importe d'accepter d'entendre d'où elle vient. Le site Naître et Grandir donne des clés pour comprendre d'où vient l'agressivité et comment la prévenir. C'est une mine d'or de conseils pour faire progresser sa parentalité et/ou sa pratique éducative et permettre de lutter activement contre la maltraitance émotionnelle.


Isabelle Filliozat a également créé un cahier des émotions pour découvrir les émotions, apprendre à les nommer et apprendre à les gérer. Ce cahier, très ludique est utilisable avec un enfant, dès ses 5 ans. Le livret Parents ou d'aide à la parentalité qu'il contient à la fin de l'ouvrage est également très instructif. On y apprend que sans un parent enseignant, l'enfant ne peut trouver ses propres solutions à la gestion de ses émotions. Isabelle Filliozat nous rapporte que "les anciens disaient que les émotions s'opposaient à la raison. Ils nous ont fait honte quand nous pleurions, nous ont dit que nous étions vilain.es quand nous étions en colère, que nous faisions la comédie quand nous avions peur et même que nous faisions trop de bruit quand nous exprimions notre joie ! Nous savons aujourd'hui qu'ils avaient tort. Les scientifiques ont montré que les émotions sont nécessaires à la raison, puisque ce sont elles qui nous permettent de faire les bons choix, de nous orienter dans la vie et d'être sensibles aux autres".


7) apprendre à gérer ses propres émotions : ce qui fait que souvent, nous ne parvenons pas à aider nos enfants ou les enfants que nous accompagnons, dans la gestion de leurs propres émotions et qui, par conséquent, retentit sur leur bien être se transformant au quotidien en brimades et invectives répétées - ce que l'on appelle la violence émotionnelle - est que nous n'avons nous même que rarement appris à gérer nos émotions. 

Ainsi progressivement, peut s'installer un climat de négation de l'enfant et cela à tout âge : "t'es bête ou quoi ? T'es con ou quoi ? C'est ça pleure tu pisseras moins ... Regardez-moi cet idiot.e... Arrête de pleurer... C'est bon là, tu pleurniches comme une fille... Non mais t'es nul.le ou quoi ? Je t'ai dit de...., Tu comprends rien ... Oui, c'est ça, pleure... Ha, tu peux faire ta colère, je m'en fous ! T'as pas de cerveau ou quoi ? T'as quoi dans la tête ? Ha nan mais je te jure faites des gosses... Regardez moi cet imbécile ! Tais-toi ! Tu vas te taire, oui ! Va dans ta chambre ! J'en peux plus de toi ! Tu ressembles à... (imbécile)... Tu fous le camp sur le champ ou je... Dégage... T'arrêtes tout suite de... Tu me parles pas sur ce ton... Tu te calmes immédiatement ou je ... T'entends ce que je te dis là ou t'es sourd... Je ne t'aime pas quand tu fais cela, y'a des baffes qui se perdent " Vivre ne serait-ce qu'une semaine, tous les jours ce genre de brimades, d'invectives, d'insultes, vient renforcer l'inaptitude de tout enfant à exprimer ses émotions c'est-à-dire vient l'empêcher de trouver les bons mots pour caractériser et expliquer ce qu'il vit, à son niveau à lui, à son âge à lui et avec ses aptitudes à lui.

Reconnaître soi-même que l'on ne sait pas gérer ses émotions, toutes ou certaines d'entre elles et faire une démarche pour apprendre à les exprimer, à les supporter reviendra nécessairement à aider tout enfant dont vous avez la charge. 


8) apprendre à calmer ses propres réactions excessives : dès lors que l'on souhaite accompagner avec bienveillance un enfant vers l'âge adulte, il importe de réagir avec bon sens et en gardant son sang froid. Mais, comment faire face à des situations qui nous échappent, face à des situations qui sont pour nous ingérables, où l'on ne trouve pas d'issue ? Comment aider, accompagner son enfant sans le briser, lui faire perdre la bonne estime qu'il a de lui, l'abandonner seul face à ses émotions, lui faire perdre sa confiance en lui qui n'est qu'en construction ? En calmant ses propres réactions : prendre conscience que ça se met à bouillir à l'intérieur et que cela va bientôt sortir, prendre du recul sur l'instant, aller prendre l'air, s'éloigner momentanément de l'enfant tout en le sécurisant, reporter une discussion, confier son enfant à une personne de confiance, prendre contact avec un.e psychologue spécialisé.e ou encore contacter une association de protection de l'enfance sont là des solutions pour commencer à gérer ses propres réactions excessives. 


9) Savoir que les premières années de la vie durent toute la vie. Les recherches récentes sur le développement du cerveau indiquent que les saines relations parent-enfant ont une grande influence sur le développement du cerveau des bébés et des jeunes enfants. Dans son ouvrage, Voulons-nous des enfants barbares ? Maurice Berger, ancien chef de service en psychiatrie de l'enfant au CHU de Saint-Etienne, nous explique : la quasi-totalité des enfants et préadolescents auteurs de violences pathologiques extrêmes ont été soumis tout petits, le plus souvent par leurs parents, à des relations particulièrement défectueuses entraînant des traumatismes relationnels précoces. Pour faire face à ces traumatismes, ces enfants ont, dès les premières années de leur vie, mis en place des processus de défense automatiques qui incluent l'attaque potentiellement meurtrière. Leur prise en charge thérapeutique est longue, coûteuse et de résultat aléatoire. Et pourtant les connaissances scientifiques, précises, qui permettraient une vraie prévention, existent. Seule la France refuse de les prendre en compte car ce savoir bat en brèche un bon nombre de croyances. Le lien de causalité entre traumatisme relationnel précoce et violence fait en effet chez nous l'objet d'un déni volontaire et sans remède. La situation risque de devenir ingérable. Le nombre d'enfants « barbares » qui n'ont pas la liberté interne de ne pas frapper va continuer à croître si nous ne parvenons pas à modifier notre manière de penser ce problème". Cet ouvrage de référence peut vous aider à prendre toute la mesure du fait que la maltraitance émotionnelle comme toutes les autres formes de maltraitances ont des effets très souvent irréversibles sur les enfants.

Ainsi lutter contre la maltraitance émotionnelle, c'est réussir à se parler, à se comprendre, à s'entendre, à trouver son langage commun. Si cela peut paraître une réelle difficulté, à laquelle tout parent ou éducateur devra faire face et ce dès la naissance de l'enfant, pour autant, celle-ci n'est pas insurmontable.

Et, c'est ce cadre de vie bienveillant alors offert à l'enfant qui vous permettra à la fois d'aborder la question de la prévention des violences sexuelles mais aussi de créer un espace de parole suffisamment ouvert et libre pour permettre à votre enfant de vous révéler des violences sexuelles dont il aurait pu être victime. Trop souvent, les parents dans leurs premières réactions face aux révélations de violences sexuelles disent à l'enfant : " quoi ? c'est pas possible ? pourquoi n'en as-tu pas parlé plus tôt ?" Or, non seulement votre enfant aura été soumis à une stratégie de mise sous terreur de la part de l'agresseur mais, en plus, il lui aura fallu trouver le moment le plus adéquat pour lui, face à votre vie, face à vos façons de réagir, pour libérer ses souffrances. 

Aider dès le plus jeune âge votre enfant à libérer ses émotions, les accueillir avec bienveillance, lui apprendre des mots pour exprimer ses émotions, comprendre son agressivité et l'accueillir et ne pas le laisser seul face à tous les sentiments qui le parcourent, c'est prévenir les violences sexuelles. 

Alors, osons dire stop à la maltraitance émotionnelle, osons changer nos pratiques éducatives et agissons au quotidien.

Aller plus loin : 
- Au coeur des émotions de l'enfant d'Isabelle Filliozat
- Pour une enfance heureuse de Catherine Gueguen
- Article publié sur Psychomédia : les surprenants bénéfices d'un riche vocabulaire concernant les émotions.
- Article publié sur les Pros de la Petite Enfance : Catherine Gueguen, pédiatre : "Arrêtons de dire aux petits "t'es pas gentil" !
- Témoignages de parents ayant contacté le service Allo Parents Bébé
- Pour comprendre où se niche la maltraitance, consulter l'article de l'Observatoire de la violence éducative ordinaire OVEO "et si la parentalité positive n'était pas si positive que cela ?"
- Pour comprendre comment nos paroles et certains de nos actes sont en réalité des maltraitances, consultez le blog : http://douceviolence.free.fr/
- La roue des émotions, un outil pour vous aider à verbaliser vos propres émotions en tant que parent ou éducateur
- le site d'Isabelle Filliozat pour découvrir les ateliers d'aide à la parentalité.
- notre article sur comment apprendre à apprendre aux enfants la prévention des violences sexuelles