dimanche 7 août 2016

Définition du parent prévenant

Prévenir son enfant de l'existence des violences sexuelles, c'est devenir un parent prévenant. 

Etre respectueux de son enfant, être bienveillant, toujours, avec lui, c'est être ce parent. Plus encore, le parent prévenant répond à trois qualités. 


Le parent prévenant est un sachant. 

Il sait que les violences sexuelles existent. Il sait qu'un enfant sur cinq est victime de violences sexuelles au sein de l'Europe. 

Il sait que les agresseurs et violeurs d'enfants se trouvent au sein des membres de sa famille. Il sait qu'il doit être vigilant face à toute attitude des membres de sa famille. 

Il sait que les violences sexuelles sont principalement le fait des hommes mais qu'elles peuvent aussi être le fait des femmes. 

Il sait que les enfants victimes de violences sexuelles peuvent l'être à tout âge, de 0 à 18 ans, et qu'ils sont aussi bien des garçons que des filles. Il sait aussi que le violeur d'enfants n'use pas forcément de la violence physique mais d'une stratégie - menace, persuasion, corruption, emprise - pour agresser sexuellement l'enfant. 

Il sait que l'inceste n'est pas qu'une agression sexuelle ou un viol mais plus encore toute attitude, mot, regard, geste à caractère sexuel d'un des membres de la famille de l'enfant, qui nuit à l'enfant. Il sait que cet agresseur membre de la famille crée une confusion dans l'esprit de l'enfant entre amour et sexualité. 

Il sait que les agresseurs d'enfants agressent plusieurs fois l'enfant ainsi que d'autres enfants. 

Le parent prévenant s'informe sur les outils qui existent pour prévenir les violences sexuelles. Il sait que la règle "méfie toi des étrangers" n'est pas une bonne règle et que d'autres existent. 

Il sait que la prostitution n'est pas un métier mais une violence sexuelle. 

Il connait dans les grandes lignes les effets des violences sexuelles et l'état de stress post-traumatique. Il sait que les réactions d'un enfant victime sont des réactions normales à des situations anormales. 

Le parent prévenant est un communicant. 

Il sait qu'il est indispensable de communiquer avec son enfant, si petit soit-il. Il prend le temps de parler à son enfant, calmement et adapte son langage à l'âge de son enfant. 

Il sait qu'il lui faudra parler de sexualité, à tout âge. Il sait qu'il faudra apprendre à son enfant les mots qui désignent toutes les parties du corps. Il sait que la chanson "Mon corps, c'est mon corps" chantée dès le plus jeune âge aide l'enfant à comprendre ce qu'est le respect de son propre corps et du corps de l'autre. 

Il apprend à son enfant à énoncer ses émotions, ce qu'il ressent, ce qui lui fait oui à l'intérieur, ce qui lui fait non à l'intérieur, ce qu'est un sentiment agréable, ce qu'est un sentiment désagréable. 

Il explique clairement à l'enfant ce qu'est une violence sexuelle : c'est lorsque quelqu'un me donne un sentiment « désagréable » en touchant mes seins, mon vagin, ma vulve, mon anus, ou mes fesses si je suis une fille, ou en touchant mon pénis, mes testicules, mon anus ou mes fesses si je suis un garçon ; c'est aussi lorsqu'il me force à toucher ou à regarder ces mêmes parties de son corps.

Le parent prévenant sait que prévenir les violences sexuelles suppose son intervention. Il sait que la prévention des violences sexuelles n'est pas innée. Il sait que l'enfant doit être informé pour pouvoir comprendre ce qu'est un bon toucher, ce qu'est un toucher d'agression. Il explique à son enfant ce qu'est un bon secret et ce qu'est un mauvais secret. 

Il sait que communiquer c'est aussi et surtout apprendre à écouter. Il sait qu'il doit donner suffisamment d'espace à son enfant pour qu'à son tour il puisse prendre la parole. Il sait qu'il doit entendre ce que lui dit son enfant. 

Il sait qu'il doit parler de tout sujet avec son enfant et surtout questionner son enfant sur ce qu'il se passe dans sa vie, sur les émotions qu'il ressent. 

Le parent prévenant est un croyant. 

Il sait qu'il a confiance en son enfant, il sait que son enfant est important. Il le lui dit. "Je te fais confiance". "Tu es important.e". 

Il sait qu'il doit croire son enfant, ses mots. Plus largement, il croit ses attitudes, ses gestes et ses paroles. Il croit et entend les ressentis de son enfant.

Il est un parent attentif aux attitudes corporelles de l'enfant, lesquelles parlent pour lui.

Si son enfant lui révèle des violences sexuelles dont il a été victime, il le croit immédiatement. Il se positionne toujours du côté de l'enfant peu importe le membre de la famille agresseur. Il sait qu'un enfant ne ment pas pour s'apporter des problèmes, détruire sa famille, l'un de ses parents ou par souhait de nuire mais au contraire souvent pour se sortir d'un problème. Il sait qu'il droit le protéger et a l'obligation d'agir en justice. 

Lorsque l'enfant lui révèle les souffrances endurées, il lui dit "je te crois, ce n'est pas de ta faute, je suis heureux que tu m'aies parlé, je suis désolé que cela te soit arrivé, l'agresseur n'avait pas le droit, c'est interdit par la loi, je vais t'aider".  

Le parent prévenant sait qu'on ne questionne jamais l'attitude d'un enfant victime car le seul responsable est l'agresseur. 

Le parent prévenant sait que si son enfant a été victime, c'est qu'il a été soumis à une stratégie qui utilise la peur et le silence pour le contraindre à agir et l'empêcher de parler.  

Le parent prévenant prouve à son enfant qu'il peut lui parler de tout sujet car il le croit, car il croit en lui. 

Porté par son amour respectueux, bienveillant et inconditionnel pour son enfant, le parent prévenant sait que son attitude, ses conduites, ses mots sont les armes puissantes qui permettent de lutter contre les violences sexuelles. 

samedi 6 août 2016

Prévenir, c'est apprendre à bien vivre ensemble

Lorsque l'on aborde la question de la prévention des violences sexuelles auprès des enfants, il est indispensable de penser cette question non pas d'un point de vue strictement individuel mais plus largement d'un point de vue collectif. 

Prévenir, c'est comprendre que les violences sexuelles ont été interdites par la loi, laquelle est garante de notre bien vivre ensemble. La loi est la même pour tous et c'est parce qu'elle nous met sur un pied d'égalité que tous nous devons apprendre à la respecter et la respecter. 

Prévenir, c'est dire que se respecter soi, c'est respecter les autres. Le respect de son propre corps donne conscience des limites à ne pas franchir pour ne pas agresser l'autre.

Surtout, prévenir les violences sexuelles, c'est oser parler de la sexualité avec son enfant. C'est ne pas déconnecter les violences sexuelles de la sexualité. 

Pourquoi ? Car globalement c'est dans le rapport à l'autre que la sexualité s'inscrit et surtout c'est dans le rapport à l'autre que les violences sexuelles existent.

Ainsi, penser la prévention des violences sexuelles non pas comme une question individuelle mais collective, c'est permettre de poser un cadre : celui du respect du sexe de l'autre. 

Jocelyne Robert et Jo-Anne Jacob dans leurs ouvrages Ma sexualité, déclinés en fonction des âges de l'enfant : de 0 à 6 ans, de 6 à 9 ans, de 9 à 11 ans, abordent très justement la question de la prévention des violences sexuelles. 

Le titre de ces ouvrages Ma sexualité permet de poser le point de départ de la transmission d'une information claire et adaptée sur la sexualité et donc sur les violences sexuelles. 

Ainsi que les auteures l'expliquent, "parler de sexualité naturellement et simplement est une excellente façon de faire une démarche [préventive]. En parler sainement à l'enfant peut aussi développer sa responsabilité et prévenir la possibilité [d'une agression sexuelle]"


Les auteures ont ainsi fait le choix d'aborder cette question par le biais du toucher pour les 0 à 6 ans. L'objectif est de permettre à l'enfant de distinguer le bon toucher, du toucher abusif. 

La progression avec laquelle l'ouvrage aborde les différentes questions relatives à la sexualité de l'enfant est très intéressante dans la mesure où elle donne les clés pour comprendre d'abord ce qu'est une relation aux autres épanouissante puis une relation sexuelle saine et consentie et enfin une connaissance précise de ses organes sexuels. Les mots ainsi que les images sont pleinement adaptés et l'enfant peut suivre le déroulé de l'histoire qu'on lui lit, très naturellement. 

Toutes les situations permettant d'aborder les divers points de la sexualité de l'enfant sont présentées dans un cadre collectif : celui de la famille, de la fête entre amis ou encore de l'école. 

C'est à partir d'une situation de toucher qui blesse, qu'un adulte - l'animatrice ou l'institutrice - explique ce qu'est un bon toucher, celui qui fait du bien et avec lequel on est d'accord, d'un mauvais toucher, un toucher d'agression pourrait-on dire, qui fait mal et du mal et avec lequel on n'est pas d'accord. Plusieurs enfants prennent la parole successivement pour expliquer leurs vécus de mauvais toucher et l'adulte donne des clés pour comprendre leurs différences et savoir comment réagir. 

Dans la partie de l'ouvrage réservée aux parents, les auteures expliquent : 
"il importe que, dès son plus jeune âge, l'enfant sache que son corps lui appartient, qu'il a le droit de dire non et surtout qu'il sente qu'il peut toujours parler de ce qui lui arrive à ses parents ou aux personnes en qui il a confiance. Votre attitude ici est d'une extrême importance. C'est elle qui déterminera le choix de l'enfant de s'ouvrir à vous ou bien de porter seul le poids de lourds secrets. Il ne s'agit pas de paniquer ou de faire peur à l'enfant mais de l'informer de l'existence de ces réalités. La lune a une face éclairée et une face sombre. La forêt foisonne de beautés et de trésors; elle recèle aussi des dangers. Il en va de même pour la sexualité. L'enfant doit savoir ce qui est beau et bon si l'on veut qu'il reconnaisse ce qui ne l'est pas. Nous sommes portées à croire que, si l'enfant parvient simplement à distinguer ce qui est bon pour lui : ce à quoi il consent, ce dans quoi il se sent bien, de ce qui ne l'est pas : ce qui lui est imposé, ce dans quoi il se sent mal, il sera plus apte à exercer sa liberté et à se faire respecter".  (Voir aussi la note sur les bons et les mauvais secrets). 

La prévention des violences sexuelles s'inscrit ainsi dans la fleur du collectif. 


La prévention se pense dans le rapport à soi - se connaître, se respecter. 
La prévention se pense dans le rapport à soi et aux autres - respecter et être respecté. 

Envisager de prévenir les enfants de l'existence des violences sexuelles d'abord à partir de la connaissance des rapports sains entre êtres humains pour ensuite les ramener à eux-mêmes pourrait être une bonne démarche dans la mesure où les enfants naissent dépendants des autres et que ce n'est que progressivement qu'ils pourront s'en émanciper. 

Savoir que les êtres humains peuvent ne pas avoir des rapports sains et être acteurs d'actes de violence leur permet non seulement de connaître la réalité des rapports humains mais aussi de ne pas être démunis si ils y sont confrontés. 

Apprendre à bien vivre ensemble, c'est donc aussi prévenir les violences sexuelles.

Pour illustrer notre propos, nous vous proposons de découvrir Les petits Charlies, l'abécédaire du vivre ensemble, lauréat 2016 du concours SNUIPP dont les mots choisis dans l'abécédaire résonnent avec la démarche préventive : respecter, protéger. 

Découvrez :  


dimanche 31 juillet 2016

Luttons contre le harcèlement sexuel entre enfants


Un enfant peut aussi être un agresseur. Ne fermons pas les yeux. Agissons.


Dénonçons. Expliquons. Éduquons.

Dénonçons toute attitude qui vise à agresser sexuellement.

Expliquons que la loi interdit à quiconque d'agresser sexuellement.

Apprenons à respecter l'autre, éduquons au respect de son propre corps et au corps de l'autre.

vendredi 29 juillet 2016

Rio 2016 : renforçons la prévention des violences sexuelles !

Cette année, Rio accueille les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques. L'ensemble des pays du monde et leurs sportifs s'y préparent. 


Or, ainsi que le précise le préambule de la Charte relative à la prévention des violences sexuelles dans le sport adoptée en 2008 par le gouvernement français et signée notamment par le Comité National Olympique et Sportif Français CNOSF, "dans le sport, comme ailleurs, ces violences sont sources de souffrances pour les victimes et entraînent des responsabilités légales, financières et morales pour les organisations sportives et des responsabilités pénales pour les auteurs de ces violences. 

Dans le sport, comme ailleurs, tous les adultes partagent la responsabilité visant à identifier et à prévenir le harcèlement et les violences sexuels vis-à-vis de quiconque. Une attitude de respect des personnes et de rejet des différentes formes de maltraitances sexuelles, sexistes ou homophobes désignées ci-après par le terme "violences sexuelles" peut contribuer à leur prévention aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des structures sportives."  (voir le dossier de presse du gouvernement).

En choisissant de respecter cette charte, le CNOSF s'est engagé en tant qu'acteur du mouvement sportif avec les fédérations sportives à lutter contre toutes les formes de discrimination et de violence dans le sport. Pour cela, la charte vise explicitement la condamnation de toutes les violences sexuelles et de toutes les discriminations liées au sexe ou à l’orientation sexuelle.

"Cette charte incite les organisations sportives à promouvoir une attitude préventive et à remplir leur obligation de signalement en cas de maltraitances identifiées ou suspectées. 

La charte constitue le fondement de toute action de prévention, de sensibilisation, de formation, et d’éducation. 

Elle incite à la vigilance à l’égard des comportements violents, à la bienveillance à l’égard des victimes et à la mise en oeuvre des procédures de plainte et de soutien s’il y a lieu". 

De plus, les acteurs du mouvement sportifs proclament comme valeur première le respect des personnes, et plus particulièrement des personnes vulnérables comme peuvent l’être les enfants, les jeunes filles, les femmes ou les personnes discriminées pour une raison ou une autre.

Sur son site, le CNOSF rappelle que la prévention des violences sexuelles est une responsabilité collective : l'ensemble du mouvement sportif et des acteurs du sport se doit de permettre la pratique sportive de tous dans des conditions d'intégrité et de sécurité. Pour cela, le CNOSF invite les dirigeants, les éducateurs mais aussi les parents et les sportifs à suivre les bonnes pratiques qu'il a définit.


Or, alors qu'en France, en 2008, cette Charte est adoptée, la même année à Rio de Janeiro est accueilli le 3ème Congrès Mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants et des adolescents. A cette occasion, 137 gouvernements ont réfléchi ensemble aux moyens de lutter encore plus activement contre les violences sexuelles commises à l'encontre des enfants.

A l'origine, le premier Congrès Mondial contre l’exploitation sexuelle des enfants et adolescents s’est tenu à Stockholm, en Suède en 1996. Lors de ce Congrès, les gouvernements présents ont pour la première fois reconnu publiquement l’existence de l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. Ce premier Congrès Mondial s’est achevé par l’adoption d’un Agenda pour l’action et depuis, plusieurs acteurs à travers le monde ont concentré leurs efforts autour de cette même stratégie et davantage d'entités gouvernementales et non gouvernementales ont uni leurs forces afin d’assurer des changements positifs pour les enfants et de protéger leur droit de vivre à l’abri de toute exploitation sexuelle.

En 2008, la Déclaration et le Plan d’action de Rio de Janeiro pour prévenir et éradiquer l’exploitation sexuelle des enfants et des adolescents se présentaient donc comme la résultante de vingt années d’actions entreprises à l’échelle mondiale par une large alliance créée au sein de la société. 

Ce troisième Congrès dressait plusieurs constats. 

Des méthodes de plus en plus sophistiquées sont à la portée de ceux qui cherchent à exploiter des enfants ; celles-ci s'étant aussi développées de manière exponentielle. 
Il faut nécessairement répondre à ces nouvelles formes d’exploitation sexuelles telles que l’exploitation à travers l’utilisation de l’Internet ou de la téléphonie mobile. 
Il faut utiliser l'expérience acquise qui montre que le niveau d’engagement, les responsabilités prises et le rôle que joue un gouvernement dans l’établissement et le maintien des normes de protection, telles que les initiatives mises en œuvre pour protéger les droits des enfants, déterminent la nature, la quantité et la qualité des progrès réalisés par un pays en faveur de ces enfants. 
Il est frappant que tous les pays n’ont pas encore d’actions suffisamment coordonnées et qu'il reste encore beaucoup de progrès à accomplir. (voir le rapport de suivi de la mise en oeuvre de la Déclaration en France ainsi que la page consacrée sur le sujet par le Ministère de la santé)

La Déclaration de Rio constataient ainsi la vulnérabilité croissante des enfants dans un monde de plus en plus instable. Cet accord, véritable outil de plaidoyer, se présentait donc d'abord comme une déclaration d'intentions dont l'objectif était évidement une traduction concrète sur le terrain et, cela, au moyen d'un plan d'action.

Bien que l'intention de lutter et la mobilisation gouvernementale soient fortes le constat est toujours aussi accablant. 

8 ans après la signature de la Charte de prévention et de la Déclaration internationale, les Jeux Olympiques de Rio sont de nouveau l'occasion de rappeler la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention des violences sexuelles notamment commises à l'encontre des enfants que ce soit à l'intérieur des structures sportives mais aussi à l'extérieur de celles-ci.

En effet, comme lors de nombreuses manifestations internationales, avec l'augmentation du nombre de touristes venus soutenir les sportifs qualifiés pour les Jeux, de même qu'avec le déplacement de l'ensemble du staff des sportifs et des sportifs eux-mêmes, il y a déjà et il y aura encore une augmentation du nombre de mises en prostitution d'enfants. (Voir le reportage vidéo d'Euronews sur le tourisme sexuel lors de la Coupe du monde de 2014).

Et, ceci alors qu'est dénoncée la culture du viol au sein de la société brésilienne et que de multiples associations et ONG agissent déjà sur le terrain pour lutter activement contre la prostitution enfantine. (voir notamment l'association Barraca da Amizade)

Face à cette situation plus que dramatique pour la vie et l'avenir de ces enfants et qui génère non seulement des réseaux de mise en prostitution de plus en plus complexes et des ressources financières importantes, deux initiatives sont cependant à remarquer et à relayer.

La première est celle du Président du Comité Olympique Australien John Coates qui vise à lutter activement contre les violences sexuelles commises à l'encontre des enfants.

Pour cela, John Coates a fait modifier le code de bonnes pratiques du Comité Olympique Australien. L'objectif est de débusquer tout entraîneur et/ou officiel qui aurait violenté sexuellement des sportifs et, en particulier, des enfants afin de l'exclure des Jeux Olympiques de Rio.

La seconde est celle de la Coalición Regional contra el Tráfico de Mujeres y Niñas en América Latina y el Caribe - CATWLAC qui vise, par le biais d'une campagne de communication, à lutter  contre l'exploitation sexuelle des filles et des femmes durant les Jeux Olympiques.

Pour cela, la Coalition a rédigé un Manifeste traduit en plusieurs langues : Dites non au tourisme sexuel, acheter du sexe n'est pas un sport !


Le contenu du Manifeste est éclairant : 

- Comme vous le savez, 6 millions de touristes ont assisté à la Coupe du Monde de 2014, et le même nombre devrait se rendre au Brésil afin d´assister aux Jeux Olympiques de 2016.
- Tandis que la majorité des touristes profite de la beauté, des attractions et des plages de votre pays, les statistiques du Ministère du Tourisme brésilien indiquent qu´un nombre significatif d´individus se rendent au Brésil pour le tourisme sexuel, et souvent pour le tourisme sexuel infantile. Venus assister à de grands événements sportifs, certains touristes exploiteront sexuellement des femmes, des enfants et des adolescents.
- Plusieurs organisations internationales ont indiqué que le Brésil présente le taux de tourisme sexuel le plus élevé parmi les pays d´Amérique latine et des Caraïbes. Nous saluons les mesures entreprises par votre gouvernement en vue de prévenir la traite et l´exploitation sexuelle au Brésil, ainsi que les fonds alloués à l´assistance aux victimes, et au développement de campagnes de sensibilisation sur ce thème.
Néanmoins, nous suggérons respectueusement à votre gouvernement de continuer à renforcer ses efforts visant à prévenir, éradiquer et sanctionner le tourisme sexuel au Brésil. La loi brésilienne définit la traite en se basant sur le mouvement, contrairement aux principes établis par le Protocole de Palerme de l´ONU, ratifié par votre pays. Le gouvernement brésilien devrait donc s´engager à criminaliser ceux qui prennent part à l´exploitation sexuelle des êtres humains, y compris le tourisme sexuel.

- Selon l´Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), le tourisme sexuel s´inscrit dans un contexte plus large et plus complexe que la simple interaction entre les individus procurant et offrant des services sexuels:  
       
      « Le tourisme sexuel […] s´appuie sur la participation directe ou indirecte des chauffeurs de taxi, du personnel travaillant dans les hôtels, les bars et les restaurants, des entrepreneurs locaux, ainsi que des organisations du crime organisé impliqués dans la traite des femmes et des enfants… »

- Par conséquent, avec approximativement 500,000 enfants qui seraient vendus à des fins sexuelles, le Brésil est sur le point de devenir le pays comptant le plus d´enfants en situation d´exploitation au monde. Durant la Coupe du Monde, il a été rapporté qu´aux alentours des stades, les services sexuels de jeunes filles âgées d'à peine 10 ans, étaient vendus pour seulement 6 réaux.

Il existe une évidente contradiction entre l´actuelle législation qui pénalise le proxénétisme, et la reconnaissance de la prostitution en tant que profession légitime.
Depuis 2002, le Ministère du travail et de l´emploi du Brésil a intégré la prostitution à la classification brésilienne des métiers (CBO) pour toute personne âgée de plus de 18 ans. Par conséquent, les catégories 5198 et 5198-05 du CBO violent clairement l´article 6 de la Convention des Nations Unies sur l´élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), également ratifiée par le Brésil. D'autre part, selon le Ministère du Travail brésilien, il semblerait que le niveau moyen d'éducation des personnes en situation de prostitution se situe entre le CM1 et la 5ème. Il s´agit d'un très faible niveau d´éducation, ce qui tend à indiquer que la prostitution affecte les catégories les plus démunies de la société, confrontées au manque d´opportunités et à l´exclusion sociale.

- L'inégalité, la pauvreté, la discrimination et la violence basée sur le genre figurent parmi les facteurs favorisant la croissance du commerce sexuel et la vente de milliers de femmes et de filles au Brésil. En plein jour, des touristes se rendent à la plage dans l´intention d´acheter du sexe. Tous ces facteurs combinés favorisent la croissance alarmante de la traite et de l´exploitation sexuelle tant au niveau national qu´international.
- Il existe des liens établis entre l´augmentation de la demande, la croissance de l´exploitation sexuelle des femmes, des enfants et des adolescents, la légalisation de la prostitution, et la tenue de grands événements sportifs, et ce, pas seulement au Brésil. Ce phénomène a également été observé en Allemagne, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis et dans d´autres pays partout dans le monde. Les proxénètes et les trafiquants connectent les clients (la demande) avec des êtres humains vulnérables, en particulier, les femmes, les enfants et les adolescents.
- Nous saluons les progrès réalisés par le Brésil en vue d´améliorer son Indice de Développement Humain (IDH) ces dernières années ; toutefois, permettre l´achat et la vente d´êtres humains, en particulier des femmes, des enfants et des adolescents dans le cadre de l´industrie du sexe, n´est pas compatible avec les engagements internationaux du Brésil.
- Nous savons que votre gouvernement a fait preuve d´une grande détermination et d´une réelle volonté politique de faire respecter l´égalité des genres et les droits humains des femmes et des enfants ; néanmoins, en ce qui concerne cette thématique en particulier, des actions supplémentaires et une plus grande cohérence entre la loi et les politiques publiques s´imposent.

Déclaration  

Madame la Présidente, nous vous appelons respectueusement, en tant que présidente de l´un des pays les plus aimés au monde, à tenir compte de la situation brésilienne susmentionnée et à mettre en œuvre des mesures définitives étant donné que :
  • Le tourisme sexuel est un crime. Au Brésil comme ailleurs, le tourisme sexuel devrait être un crime passible d'une peine d´emprisonnement.
  • Le corps et la vie des femmes et des filles ne sont pas des marchandises. L´achat d´une femme ou d´une fille à des fins de prostitution viole leurs droits fondamentaux.
  • Sans demande, il n´y a pas d´offre. L´exploitation sexuelle des femmes, des enfants et des adolescents n´existe que par ce que des hommes sont prêts à payer pour obtenir du sexe. Comme pour tout type de marché, il n´existe pas d´offre sans demande.
  • Vivre une vie exempte d´exploitation sexuelle est un droit humain. La prostitution n´est pas un choix pour la vaste majorité des femmes qui la pratiquent, mais plutôt leur unique moyen de survie face à la pauvreté et au manque d´opportunités. La prostitution perpétue le stéréotype selon lequel le corps des femmes et des filles sert à satisfaire les besoins sexuels des hommes

NOUS, LES SIGNATAIRES, DEMANDONS:

Aux pays participant aux Jeux Olympiques de 2016 et ayant ratifié les conventions et/ou protocoles internationaux sur la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des filles, de s´opposer officiellement au tourisme sexuel croissant durant les événements sportifs.
Au Comité International Olympique, son président, son conseil d´administration, ses comités nationaux, ses entraîneurs et ses organes techniques, de promouvoir le « fair play » lors d´événements sportifs sans tourisme sexuel.
Aux athlètes membres des équipes nationales qui participeront aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, de s'engager à ne pas consommer de prostitution. Ces athlètes sont des modèles pour de nombreux adolescents et jeunes adultes et leurs actions influencent leur comportement social.
Aux agences de voyage au Brésil et partout dans le monde, de promouvoir un tourisme éthique, sans violence contre les femmes et les filles.
Au grand public, de s'engager à ne pas se rendre complice de l´exploitation sexuelle des femmes et des filles, à la fois légalement et culturellement, en rejetant l´idée que la prostitution est un « travail ».
Au gouvernement brésilien, de respecter les traités internationaux sur l´abolition de toutes les formes contemporaines d´esclavage, y compris la traite et l´exploitation sexuelle en particulier des femmes, des filles et des adolescents, qu´il a ratifié, en élaborant et mettant en œuvre des politiques de lutte contre le tourisme sexuel.

ALORS VOUS AUSSI SIGNEZ LE MANIFESTE 
ET DITES NON AU TOURISME SEXUEL ET À L´EXPLOITATION SEXUELLE !

DITES NON AU TOURISME SEXUEL INFANTILE DURANT LES JEUX OLYMPIQUES DE 2016 !






Aller plus loin :
- lire le texte officiel de la Déclaration de Rio de 2008
- concernant l'action de John Coates, lire les articles parus dans The Australian, The Daily Telegraph
- concernant la mise en prostitution d'enfants aux abords des sites olympiques à Rio, lire l'article de Mary Papenfuss

samedi 9 juillet 2016

Apprendre à observer pour protéger des violences sexuelles


Dès les premiers instants de la vie, chaque enfant mobilise les parties de son corps. Par de petits gestes lents puis progressivement par de plus grands. Il acquiert en amplitude corporelle. Les expressions de son visage s'affinent aussi. 

Doucement, il s'étire, se tend, se retourne, lève sa tête, attrape un objet, serre dans ses mains. Puis rapidement, il fera la chenille, la toupie, s’assoira, fera du quatre pattes puis marchera. 

Chacun de ses mouvements prouve son existence et nous rappelle qu'il est existant, présent, agissant. 

Dans son rapport au présent, à la vie, le nourrisson, le petit enfant est saisit par son sens du toucher. Il est pour lui le mode d'intégration progressif de l'existence de son enveloppe corporelle, de ses membres ainsi que de son existence toute entière, mais aussi le moyen d'entrer avec nous en communication. 

On l'habille, on le change, on le nettoye, on le caresse, on le câline, on le pose, on le déplace, on le promène. On le serre contre soi, on l'embrasse. Mais lui demande-t-on si il veut être habillé ? changé ? nettoyé ? caressé ? câliné ? posé ? déplacé ? promené ? serré ? embrassé ? Les parents et toutes les personnes qui s'occupent de lui prêtent attention à chacune des parties de son corps. Attention à sa tête, à ses jambes, à l'arc de ses bras, à son dos mais aussi à sa bouche et à ses parties génitales. 

Si l'on se comporte ainsi avec le nourrisson, le petit enfant, c'est pour répondre au mieux à ses besoins et son développement. Grâce à nos gestes pensés comme étant bienveillants, d'affection et d'amour, on lui prouve qu'il est important, que l'on est heureux qu'il vive. On lui transmet notre goût de la vie. 

Bien qu'il ne nous dise aucun mot, il entre en communication avec nous. Il échange, communique, nous envoie des sons, réalise des gestes : il agrippe un coin de sa serviette de bain, met à sa bouche un objet, touche du pied un jouet. C'est son corps qui nous parle directement. 

Aussi, l'observer avec empathie, c'est déjà le protéger. 

L'observer avec empathie, c'est lui dire qu'on lui fait confiance. C'est lui transmettre toute notre attention. C'est lui montrer qu'on coopère à ses actes, c'est lui montrer qu'il est en sécurité. 

L'observer avec empathie, c'est aussi savoir qu'il a besoin d'un espace sécurisant pour se mouvoir, pour découvrir le monde qui l'entoure et surtout son lieu de vie. Adapter son environnement de vie l'aide ainsi à en prendre conscience, à l'appréhender, à le reconnaître. Adapter son environnement de vie l'aide à prendre confiance en lui. 

Dans l'ouvrage Appliquer la pensée Montessori chez soi d'Emmanuelle Opezzo, on apprend que dès la naissance l'enfant dispose d'un potentiel infini pour apprendre et s'adapter et qu'il suit un programme de développement rigoureux avec des étapes clés, programme grâce auquel les caractéristiques humaines pourront se révéler si l'environnement est propice. 

L'auteure nous explique que "le nouveau-né arrive au monde dépendant et d'apparence fragile, car il ne peut se débrouiller seul, et sans soins il ne survivra pas. Quasi immobile, il ne peut se redresser ni se tourner pendant les premiers mois de sa vie ; il est entièrement à la disposition des adultes, soumis à leur bon vouloir pour se mouvoir. Cette apparente fragilité est en fait une grande force : l'enfant naît "indéterminé" dans le sens où il possède tous les potentiels humains qui écloront au fur et à mesure de sa croissance, en fonction de son environnement, mais aussi de son identité qui le rend unique et différent de tout autre individu. Ces dispositions lui donnent une puissance immense que nous ne mesurons pas. L'homme est une des seules espèces à pouvoir naître presque partout sur Terre, il nous faut donc une grande malléabilité à la naissance, un pouvoir d'adaptation que nulle autre espèce ne possède." 

Conséquence de cela, "l'environnement est l'élément déterminant du développement de l'enfant, et le premier environnement de l'enfant, c'est sa maison"

Or, protéger un enfant des violences sexuelles, c'est savoir aussi que c'est ce lieu, sa maison, qui est le premier lieu où l'enfant peut subir de telles violences par l'un de ses parents ou par l'un des membres de sa famille ou de proches de sa famille. 

Adapter l'environnement de l'enfant pour qu'il s'y sente en sécurité, qu'il puisse s'y mouvoir, c'est donc déjà protéger l'enfant. 

L'auteure ajoute "l'action exercée sur notre enfant entre 0 et 3 ans est indirecte, elle passe d'abord par la préparation de son environnement. L'environnement exerce une forte impression sur l'enfant entre 0 et 6 ans, qui l'absorbe et se l'approprie pour pouvoir développer ses caractéristiques humaines et être un individu adapté. L'environnement adapté répond au stade de développement de l'enfant et alimente ses besoins de mobilité, langage, éducation des sens, compréhension du monde, motricité fine et socialisation". 

"L'environnement doit assurer une liberté de mouvement à l'enfant dès sa naissance. Le mouvement libre nourrit la pensée de l'enfant ; réciproquement, la vie psychique de l'enfant nourrit le mouvement. C'est ce que l'on nomme la psychomotricité : l'unicité du corps et de l'esprit. 

En étant libre de se mouvoir, le tout-petit apprend à se coordonner, se muscle et prépare chacun de ses membres à la station verticale. En grandissant, l'activité motrice de l'enfant n'a pas toujours de sens aux yeux des adultes [cependant] le mouvement part du psychisme : il est d'abord l'expression du réflexe, de l'instinct, de l'expérimentation et se développe ensuite en expression de la volonté, de l'effort et de la persévérance. 

Se mettre en mouvement, c'est se mettre en pensée et exercer sa volonté physiquement. [...] les mouvements de l'enfant nous indiquent son état psychique intérieur. [...] en mettant à disposition de notre enfant un cadre préparé qui lui offre la liberté, nous lui apprenons à faire des choix [et] en observant son évolution et ses choix dans le cadre que nous lui avons fourni, nous apprenons ainsi à le découvrir peu à peu. 

En offrant la liberté de choix à notre enfant, nous lui donnons l'occasion de choisir ses activités "en connaissance" de lui-même, de ses besoins, de ses envies, de ce qui est bon pour lui. Il apprend à exercer sa volonté". 

Or, lorsque l'enfant peut ainsi exercer sa volonté grâce à un environnement préparé et adapté, il communique plus aisément avec nous. Il nous dit en mouvements. 

En posture d'observateur bienveillant, on découvre ses gestes et ses mouvements. On apprend à le connaître, à le re-connaître. Ses attitudes corporelles habituelles nous parlent mais aussi nous guident pour l'accompagner dans la satisfaction de ses besoins, l'expression de ses émotions, la traduction de ses attentes, de ses envies, de ses maux. 

Emmanuelle Opezzo nous explique d'ailleurs que "l'observation est un révélateur. Observer ne se limite pas à regarder, c'est porter son entière attention, écouter, saisir, comprendre, en reliant des faits et en leur donnant du sens." Pour cela, elle invite aussi le parent lecteur de son ouvrage à s'observer et propose même un petit exercice pratique.

Alors, notre observation révèle à l'enfant que nous sommes attentifs à lui, que nous assurons sa sécurité, qu'il peut avoir confiance en nous, que nous sommes là. Et, en cas de nécessité c'est parce que nous aurons pris cette habitude d'observer que l'enfant pourra nous révéler par ses mouvements ses souffrances, celles-là même générées par des violences auxquelles il aurait pu être contraint. 

Observer avec empathie c'est donc "observer son enfant en bienveillance". L'auteure propose également un guide de l'observation pour savoir comment observer en pratique son enfant. De ce guide, nous retiendrons surtout que le dernier des bénéfices de l'observation de son enfant qu'elle identifie est "de nous distancier et de comprendre d'où vient le problème en cas de difficulté". 

Car en matière de prévention des violences sexuelles, c'est de cela dont il s'agit. Il convient de réussir à se distancier de son enfant pour parvenir à comprendre les mots que nous disent ses mouvements. Notre observation doit nous permettre de prendre conscience qu'un problème se pose à l'enfant. 

Observer avec empathie, c'est réussir à s'interroger sur tout changement d'attitudes corporelles habituelles de son enfant. 

C'est pouvoir constater des comportements inappropriés que ce soit des masturbations compulsives, des exhibitions, des auto-mutilations sexuelles mais aussi des dessins et des jeux sexualisés compulsifs. 

C'est pouvoir se demander pourquoi mon enfant a eu un changement brutal de comportement. Pourquoi est-il devenu agité alors qu'il ne l'était pas jusque là ? Pourquoi semble-t-il si triste alors qu'il souriait tout le temps ? Pourquoi ne parle-t-il plus du tout ? Pourquoi pleure-t-il autant ? 

C'est pouvoir s'interroger sur des attitudes régressives : il s'accroche à nous et ne veut plus nous quitter. Il avait cesser de sucer son pouce depuis longtemps et recommence. Il reparle un langage de "bébé" alors qu'il sait formuler de belles phrases. Il refait pipi au lit. 

Soudainement, il a peur d'être enfermé mais aussi de certaines personnes de notre famille ou d'une personne en particulier. Il ne veut plus participer à ses activités de loisirs alors que tout se passait bien jusque là. 

Lorsqu'il se déplace, il semble souffrir de certaines parties de son corps. Ses mouvements de marche sont différents de jusqu'alors. Il nous dit qu'il a mal au ventre, qu'il a mal aux fesses. Il ne parvient plus à s'asseoir comme avant. Il se tient avec ses mains certaines parties de son corps. Il refuse qu'on le change. Il hurle dès qu'on tente de lui apporter des soins d'hygiène : il ne supporte plus qu'on lui change sa couche, le bain devient impossible. Il ne semble plus être le même. 

L'ensemble de ces attitudes doivent vous alerter et plus encore tout changement dans les attitudes habituelles de votre enfant. 

L'observation empathique de votre enfant devient dès lors un véritable outil à la disposition des parents et de toute personne bienveillante pour protéger mais aussi voir ce qui n'est pas dit ou ce à quoi on impose un silence. 


lundi 4 juillet 2016

L'application Alerte Violences App-Elles



Alerter, en parler, agir. 

Voici les trois principes qui ont permis la création de l'application Alerte Violences App-Elles téléchargeable gratuitement sur votre mobile et dont le but est de faciliter la mise en relation avec des professionnels pour toutes les victimes de violences et y compris sexuelles. 

De plus, cette application permet d'entrer en contact, en un seul clic, avec vos ami.e.s, vos proches, des associations spécialisées, la police et tout autre interlocuteur de votre choix tout en étant géolocalisé.e. 

App-Elles - c'est quoi exactement ? C'est une application simple et pratique. 



App-Elles, c'est 3 touches dans votre téléphone portable : 
  • la touche Alerte Agression 
  • la touche Ecoute Violences 
  • la touche Informations associations
En voici la présentation détaillée :




Pour installer l'application, rendez-vous ici.

samedi 2 juillet 2016

Les châtiments corporels en France, bientôt dans les livres d'histoire !

Pour annoncer cette heureuse nouvelle, nous reprenons ici le texte publié par Marion Cuerq auteure du documentaire Si j'aurais su, je serais né en Suède que nous avons présenté dans notre page sur l'importance de l'éducation bienveillante

A vous les ptits loups,

Chers enfants français, N'ayez pas peur.


Cette image croyez-moi, elle sera celle des livres d'Histoire de vos enfants. De vos ptits loups. Et des ptits loups de vos ptits loups. ... Et de leurs ptits loups ...

Mais cette image mes ptits loups, elle ne sera bientot plus pour vous... qu'une image.

Laissez moi vous raconter :

Le 1er juillet était un bien bel anniversaire en Suède. On fêtait le droit des enfants à grandir sans violence, sans coups, sans claques, sans fessées, sans humiliations. Depuis 37 ans.

Oui, en 1979, la Suède, pays pas si lointain mais pourtant si différent, devenait le premier lieu sur notre planète Terre où il était désormais illégal de lever la main sur ... un enfant.

Le pari d'une nouvelle sociéte, de nouveaux codes et relations, l'ambition d'éradiquer la violence, sur un plan national, un symbole fort, réel, puissant. Base sur les droits des êtres humains les plus fragiles, les plus innocents, vous, nos chers adultes de demain.

Presque 4 décennies plus tard, le résultat est là. Les parents suédois ne tapent pas leurs enfants. Ils ne les giflent pas, ils ne leur donnent pas de fessées, ils ne les menacent pas avec la main levée. Il faut dire qu'eux, enfants d'après 79, n'en ont bien souvent jamais reçu !

''La fessée, ça n'a jamais fait de bien à personne !'' vous diraient-ils en chœur.

Le fossé, il est colossal, il n'a pas de fond, il ne se décrit pas par des mots. La barbarie de méthodes que les adultes trouvent encore aujourd'hui des plus banales dans l’hexagone, les violences que vous subissez au quotidien parce que papa et maman estiment que ''Je fais ce que je veux avec mon enfant...!''

Mais chers ptits loups, sachez que cela va désormais changer, pour vous aussi. 

Cette nuit en France, l'Assemblée Nationale votait un amendement contre toutes violences faites à votre encontre.

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La définition de l'autorité parentale dans le code civil prévoit « l'exclusion de tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ».

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Oui. le 2 juillet 2016, la France vous a pour la première fois tendu sa main, réellement.

Une France qui aujourd'hui vous regarde droit dans les yeux, sans détourner le regard, enfin.

Alors laissez-moi vous dire que le chemin sera fait d'obstacles, car tous ces adultes français qui eux mêmes ont reçu corrections et humiliations, ne savent souvent pas faire autrement. Vous savez quoi les ptits loups ? Souvent, ils ne savent même pas que l'on peut faire autrement.

Alors bien sur, cette loi leur fait peur, les inquiète, les déroute.

Mais ne vous inquiétez pas, car désormais, La France ne vous lâchera pas la main. 

Vos droits sont réels, et ils triompheront.

Vous savez quoi les ptits loups ? On vous dit souvent que vous grandissez, que vous évoluez. Eh bien moi je vais vous dire, cette nuit, la France elle a grandi aussi, pour vous.

Rendez-vous au Sénat pour sceller vos droits chers ptits loups, et ne vous inquiétez pas, si papa et maman sont aujourd'hui inquiets, ils seront demain les premiers à s'effarer devant les pays qui n'ont pas encore légiféré. 

Car vous savez quoi ?

Cette loi elle est pour vous, mais elle est aussi pour tous ces anciens enfants au fond du cœur des adultes, des ptits enfants cachés en dedans de tous ces gens devenus grands, des ptits loups comme vous, qui eux aussi, aujourd'hui, esquissent un sourire.

Au delà de ça, cette loi, elle est pour la société toute entière.

Un monsieur disait que '' Rien n'est plus révélateur de l'âme d'une société que la façon dont elle traite ses enfants.''

Il s'appelait Nelson.

Eh oui chers ptits loups, c'est d'abord en prenant soin de vous et de vos droits qu'on peut vraiment espérer à long terme, changer la face du monde.

Vous voyez ? Petits en dehors, mais tellement, tellement grands en dedans.

Et pssst vous savez quoi ? Je vais vous dire un secret.

Je crois meme que c'est vous qui la faites grandir, la France.

Alors, ben, Merci les ptits loups !


#‎STOPVEO

Consulter également : 

vendredi 1 juillet 2016

Petite histoire de l'enfant à travers les siècles

Lorsqu'il est question d'étudier la place de l'enfant dans l'histoire, il est un constat accablant : l'enfant n'est presque rien. Il était et est souvent maltraité et il ne deviendra sujet de droit que très tardivement. Voici donc une brève petite histoire de l'enfant à travers les siècles pour que l'on sache d'où l'on vient et ce qu'il nous reste encore à faire.

La maltraitance : un phénomène vieux comme le monde

La maltraitance à l’égard des enfants est un phénomène ancien. En survolant l’histoire de l’humanité, et en particulier celle de l’Occident, depuis la Bible jusqu'à la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1789, en passant par l’époque romaine, l’Ancien Régime, les guerres et les révolutions, on constate que l’enfant a toujours été victime de sévices sous diverses formes.

L’histoire ne s’interroge guère sur les droits (statut, rôle, autonomie, protection) de l’enfant et montre à quel point il a été objet de mépris, de rejet et de hasard.

À toute époque, et dans la plupart des civilisations, l’enfant est considéré comme un objet, une marchandise, un bien d’échange, un enjeu économique ou un agent de production.

Aujourd'hui encore, l’enfant, de par le monde, est victime de guerres, de famines, de misères, d’exploitations et d’injustices de toute nature.

L’infans : celui qui ne parle pas

Depuis la nuit des temps, les enfants sont victimes de sévices et subissent des mauvais traitements de formes variées.

Pendant l’Antiquité, le père avait droit de vie ou de mort sur son fils nouveau-né.

Au Moyen Âge, les enfants sont considérés comme des êtres fondamentalement pervers, diaboliques, doués de malice; ils suscitent la méfiance et se doivent d’être sauvés par la religion et le dressage. Les historiens de la famille et de l’enfance précisent que la brutalité à l’égard des enfants de la part de ceux qui les élèvent ou les nourrissent est monnaie courante.

Au XVIIIe siècle, ces « bons sauvages », pervertis par la société (Jean-Jacques Rousseau), n’inspirent ni tendresse ni respect.

La religion unique imposée par le pouvoir de droit divin renforce l’effet de l’absence d’affection : fruit d’une « nature corrompue », l’enfance doit être redressée et dressée. La moralité de l’enfant importe plus que son bien-être ou que sa santé.

Y compris dans la littérature du XIXe siècle, les enfants restent victimes de la dictature éducative des parents et du sadisme de certains adultes.

En milieu scolaire, les punitions corporelles, considérées comme des méthodes pédagogiques et disciplinaires, sont coutumières.

La mise au travail précoce des enfants dans les fabriques et le non-accès à l’instruction enferment les familles dans un cercle vicieux.

La prolifération d’enfants, la misère, la promiscuité et l’inconfort rendent insupportable leur présence et les désignent comme victimes.

Le concept même de maltraitance n’apparaît dans les textes juridiques français que vers la fin du XIXe siècle.

Cependant, même à cette époque, l’autorité du père reste incontestée.

En offrant au père le droit, sinon le devoir, de corriger ses enfants, la loi lui reconnaissait implicitement une propriété sur eux.

Ce sentiment de propriété ainsi légitimé justifie les abus de pouvoir et les contraintes de toute nature exercés sur l’enfant.

L’éducation est rigide, les sévices corporels légitimes.

L'enfant, d'hier à aujourd'hui

Aujourd'hui encore, pour beaucoup de parents et d’adultes, battre les enfants, les corriger et les punir sont des méthodes normales d’éducation. L’idée qu’une petite fessée n’a jamais fait de mal à personne, surtout si elle est méritée, est courante.

Cependant, de la « bonne correction » aux mauvais traitements, la démarcation reste floue.

Persuadés que l’enfant est leur propriété personnelle, certains parents s’octroient tous les droits à son égard, notamment le droit de porter atteinte à son corps, que ce soit par les coups ou les sévices sexuels.

Le syndrome d’enfant battu apparaît aux États-Unis dans les années cinquante. Une équipe de chercheurs américains définit ce syndrome comme un ensemble de fractures parcellaires ou de lésions provoquées par divers types de coups. Les sciences humaines, la psychologie en particulier, influencent l’éducation. La définition des sévices s’est considérablement élargie.

De la simple atteinte corporelle, on est passé aux sévices par omission (négligences graves et défaut de soins) pour atteindre des notions plus larges qui comprennent diverses formes de rejet affectif, également estimées périlleuses pour l’enfant.

Les médecins, radiologues et pédiatres en particulier, étudient le phénomène d’une manière scientifique. À partir de cette nouvelle vigilance médicale, on a pu mettre en évidence la relation qui existe entre un certain nombre d’attitudes parentales, de carences affectives, de mauvais traitements psychologiques, d’abus, de facteurs de risque et évaluer leurs conséquences sur le développement de l’enfant.

L’enfant comme sujet de droit

C’est au début du XXe siècle que l’enfant est reconnu comme objet du droit. Il ne devient cependant sujet du droit qu’à travers la Convention internationale des droits de l’enfant adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989.

Ce texte est un outil juridique qui a force de loi. Tout État qui le ratifie a l’obligation d’accorder sa législation avec cette convention.

L’intérêt supérieur de l’enfant doit y figurer comme un progrès essentiel par rapport aux anciennes lois.

De manière générale, la Convention reconnaît à l’enfant, comme à tout être humain, des droits fondamentaux en tant que personne, tout en précisant qu’il doit bénéficier de droits renforcés et spécifiques pour sa protection.

Tous les pays ont ratifié la Convention sauf la Somalie et les États-Unis. Elle fut approuvée par la France et entra en vigueur le 2 septembre 1990.

En vertu de l’article 6 de la Convention, d’une part les Etats parties reconnaissent que tout enfant a un droit inhérent à la vie et d’autre part les Etats parties assurent dans toute la mesure possible la survie et le développement de l’enfant.

Cette obligation de reconnaissance conjuguée à cette obligation de moyen et non de résultat d’assurer la survie et le développement de l’enfant a pour conséquence qu’encore aujourd'hui des enfants sont victimes de maltraitances et, en particulier, de violences sexuelles.

Vers une réelle protection des enfants

Une lutte efficace et active contre les violences sexuelles et les maltraitances commises à l’encontre des enfants en France devrait prendre la forme d’une obligation de résultat :
  • Interdiction civile et pénale des châtiments corporels
  • Responsabilité civile et pénale de protéger des parents envers leurs enfants
  • Qualification criminelle de toute atteinte sexuelle commise à l’encontre d’un enfant – mineur.e.s de moins de 18 ans
  • Suppression de la distinction dans le code pénal entre les mineur.e.s de moins de 15 ans et les mineur.e.s de plus de 15 ans
  • Imprescriptibilité des violences sexuelles commises à l’encontre des enfants
  • Diffusion trimestrielle et suivie de dispositifs de prévention des violences sexuelles commises à l'encontre des enfants de la maternelle au lycée 
  • Promotion d'une éducation bienveillante 
  • Promotion d'une éducation à la sexualité et à l'égalité fille-garçon
  • Édiction d’un droit à la survie et au développement de l’enfant, de type droit-créance au bénéfice des enfants et à l’encontre de l’Etat 
  • Création d'une mission interministérielle Enfant
  • Création d'une clause impact enfant pour les futures lois votées 



Principales sources de l'article :
- s'agissant des éléments historiques : le guide "l'aide aux enfants victimes de maltraitance" rédigé par la Coordination de l'aide aux victimes de maltraitances du Ministère de la Communauté française.
- s'agissant de la création d'une mission interministérielle enfance et de la création d'une clause d'impact enfant pour les futures lois votées voir le rapport COFRADE 2015 sur l'application de la Convention en France et par la France  

Aller plus loin : 
- consulter le site du COFRADE Conseil français des associations pour les Droits de l'enfant qui veille à l'application et au respect des dispositions de la Convention en France et par la France
- consulter la présentation de la Convention internationale des droits de l'enfant par l'Association Enfance et Partage