mercredi 21 septembre 2016

Reconnaître la violence sexuelle éducative ordinaire



L'Observatoire de la violence éducative ordinaire nous aide chaque jour, lorsque l'on lit ses articles, à comprendre ce qu'est la violence éducative ordinaire.

Selon Olivier Maurel, on peut définir la violence éducative ordinaire comme étant "tous les comportements qui se veulent éducatifs, mais qui sont des formes de violence physique, verbale ou psychologique tolérées ou préconisées dans une société donnée".

Les autres membres de l'OVEO nous expliquent aussi que "la violence éducative ordinaire commence avec tout comportement destiné à convaincre l'enfant qu'un adulte sait forcément mieux que lui ce qui est bon pour lui et, à ce titre, doit en être obéi "pour son bien". 

L'adulte se croit moralement supérieur parce qu'il est plus puissant, plus expérimenté. Cela justifie une multiplicité d'abus plus ou moins subtils s'appuyant sur une argumentation de "sagesse", de "raison", que pourra reprendre ensuite l'enfant envers les plus petits ou les plus faibles que soi.

Sans témoin lucide, l'enfant ne peut identifier cet abus et le reproduira à son tour lorsqu'il deviendra parent. Pour lui, ses actes seront justifiés et justifiables de la même manière qu'on les lui a imposés.

"L'éducation à l'obéissance est donc le premier acte de violence éducative ordinaire, le pilier sur lequel d'autres violences plus visibles vont pouvoir s'appuyer. Car elle établit comme incontestable l'autorité parentale à laquelle l'enfant doit obéir. En fait, l'obéissance "par principe" de l'enfant est instaurée pour les seuls besoins de l'adulte."

"Aucun enfant n'agit naturellement de façon dangereuse ou volontairement blessante, envers soi-même ou autrui. Dressé à obéir, il sera peut-être docile, "sage", répondra peut-être aux attentes de l'adulte, mais sera-t-il alors vrai ? Tout enfant porte en soi les besoins d'attachement, d'imitation et de sensibilité à l'autre qui lui permettront de devenir un adulte responsable et bienveillant sans dressage, grâce à l'accompagnement modeste, attentif et affectueux des adultes qui l'entourent, à condition que ceux-ci ne cachent pas leurs refus et exigences personnels légitimes derrière une prétendue autorité pour le "bien" de l'enfant... 

On l'admet difficilement si l'on se sent incapable soi-même d'être un parent "à la hauteur" : la crainte du jugement de ses propres parents intériorisés n'est pas loin. Si l'on ne se sent pas capable de "bien" accompagner son enfant, il est illusoire de croire que par l'éducation à l'obéissance on va limiter les dégâts. 

Quoi qu'il en soit, définir la violence éducative ordinaire n'a pas pour but de soutenir les parents mais, en disant la vérité, de leur faire prendre conscience de ce qui, sous le prétexte d'éducation, fait violence à leurs enfants... donc à l'enfant qu'ils ont été."

Or, s'agissant de la question des violences sexuelles, bien souvent le parent semble encore moins conscient de ses actes et du fait qu'il pratique de telles violences sexuelles éducatives ordinaires au quotidien.

Que sont les violences sexuelles éducatives ordinaires ? Que recouvrent-elles ?

Il s'agit de toute situation entre l'enfant et le parent qui crée un inconfort pour l'enfant vis à vis de son corps, de ses parties intimes, de ses parties génitales. Il s'agit de toutes ces situations dans lesquelles se retrouvent un enfant du fait d'un comportement d'un parent et plus largement d'un adulte qui ne l'aide pas à pouvoir se sentir libre, sans emprise, sans domination dans son rapport avec son sexe, ses parties intimes, son intimité et sa pudeur.

Ces situations sont plus que nombreuses et elles débutent dès la naissance. Bien trop souvent, ces actes, gestes et paroles sont disqualifiés, justifiés, niés voir même sacralisés. Mais, ils génèrent en réalité un rapport de domination entre l'enfant et le parent. Il n'y a plus aucun rapport d'égalité entre eux. Il  n'y a dans ce contexte aucune bienveillance du parent à l'égard de son enfant. Le corps de l'un est ainsi laissé au bon vouloir, à la bientraitance ou à la maltraitance de l'autre.

Ces violences sexuelles éducatives ordinaires, dont on parle peu, ont pour conséquence une anesthésie générale de la société sur les comportements adéquats à adopter avec son enfant pour respecter à tout instant son corps et ses parties intimes, que ce soit dans le cadre de l'exercice global de l'autorité parentale, des soins d'hygiène, des moments d'affection portés à son enfant, des soins médicaux et qu'ils s'exercent au domicile familial, chez d'autres membres de la famille ou au sein d'établissements scolaires par exemple.

Cette omniprésence, cet entretien et cette fausse invisibilité des violences sexuelles éducatives ordinaires, leur quotidienneté couplée à un fonctionnement hypersexualisé de notre société a pour effet de renforcer le tabou de l'inceste, d'accroître les difficultés pour lutter activement contre la culture du viol et, de façon plus globale, nuit à l'interdiction légale de tous les actes pédocriminels et aux moyens qui permettent de les faire cesser.

L'adoption d'une démarche préventive et toute attitude de prévention des violences sexuelles commises à l'encontre des enfants, sont, dans ce contexte quasi impossibles.

La nécessité de reconnaître dans l'éducation que l'on donne à son enfant, dans ses pratiques éducatives les violences sexuelles éducatives ordinaires est donc un préalable.

Ne pas reconnaître l'existence des violences sexuelles éducatives ordinaires, c'est soutenir que les violences sexuelles sont peu nombreuses, exceptionnelles et ne touchent pas les enfants. Or, le nombre de faits rapportés et les décisions judiciaires prises pour protéger les enfants nous démontrent tout le contraire.

Aussi, est-il indispensable de prendre conscience de ses propres conduites en tant que parent, de ses pratiques au sein de sa propre famille, afin que déjà ses propres enfants soient pleinement respectés en tant que personne.

Si les viols, agressions sexuelles sur mineur.es et autres actes de pédocriminalité rapportés par les médias font grand bruit, ceux-ci ne sont que la face visible de l'ensemble des violences sexuelles éducatives ordinaires qui font le quotidien des enfants.

Afin de vous accompagner dans cette prise de conscience et cette reconnaissance de pratiques éducatives sexuelles maltraitantes, voici une table des violences sexuelles éducatives ordinaires que nous avons pu recenser.

Les violences sexuelles éducatives ordinaires et l'autorité parentale
  • obliger à une excision ou à une infibulation sa fille
  • faire circoncire avec ou sans anesthésie son garçon
  • imposer des opérations chirurgicales sur le sexe des enfants
  • imposer des examens gynécologiques ou urologiques à son enfant
  • sacraliser la virginité de son enfant
  • faire vérifier ou vérifier la virginité de son enfant
  • imposer ou refuser un avortement
  • imposer ou refuser une naissance
  • imposer une stérilisation
  • refuser de dire à un enfant qu’il est né d’un viol
  • poser des regards objectivant sur les parties sexuelles de son enfant
  • se moquer de la taille du sexe de son enfant, de ses poils naissants, de la taille de ses seins, de sa vulve
  • faire des comparaisons de taille de fesses, de seins, de sexe de son enfant avec ceux d’un adulte ou d’un autre enfant
  • faire des brimades à caractère sexuel ou sexiste à son enfant
  • faire des remarques déplacées qui projettent dans le temps son enfant comme un objet sexuel
  • cultiver une éducation sexiste et qui impose une domination masculine
  • menacer son enfant « qu’on va lui couper le zizi »
  • donner des fessées et tapes sur les fesses
  • lui imposer le naturisme
  • pester quand l’enfant veut encore aller aux toilettes ou demande à boire
  • imposer des contacts physiques de son enfant avec des tiers : toucher de main, main sur la tête, main sur la joue, main sur l’épaule, main sur la cuisse, main sur la fesse, main sur la poitrine…
  • imposer l’ingurgitation d’aliments qui écœurent ou dégoûtent
  • s’immiscer dans l’intimité de son enfant, dans ses relations amoureuses
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et la dimension affective
  • imposer à un enfant de faire des câlins à un tiers inconnu
  • Imposer à son enfant de faire des câlins avec son parent alors que l’enfant se dérobe
  • Imposer à un enfant de faire ou recevoir des bisous et baisers
  • embrasser son enfant sur la bouche
  • chatouiller, pincer, caresser le sexe et ou les parties intimes de son enfant
  • embrasser le sexe de son nourrisson
  • embrasser le sexe de son enfant
  • embrasser, lécher ou chatouiller l’anus de son enfant
  • obliger son enfant à se dévêtir à un moment où il le refuse ou est dans l’incapacité d’exprimer s’il le souhaite ou non
  • imposer à un enfant de voir ses ou l’un de ses parents sous la douche
  • se promener nu et s’exhiber devant son enfant
  • refuser en tant que parent de remonter sa propre braguette ou ne pas remonter celle de son enfant
  • se gratter sciemment les parties intimes devant son enfant
  • mettre dans l’inconfort un enfant par le jeu qu’on lui impose et qui ne respecte son corps
  • imposer à son enfant de dormir avec lui
  • imposer à son enfant qu’il vous masse ou se laisse masser
  • autoriser la prise d’hormones pour le changement de sexe de son enfant alors qu’il n’est pas en mesure de comprendre les conséquences à long terme que cette prise générera
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et les soins d'hygiène, les attitudes corporelles de l'enfant et sa tenue vestimentaire
  • refuser de nettoyer la tétine d’un enfant
  • imposer le sein à un enfant alors qu’il n’en veut plus
  • changer son enfant devant toute la famille
  • déshabiller avec brusquerie son enfant
  • avoir des gestes brusques et qui ne respectent pas l’intégrité corporelle de l’enfant au moment du change, au moment du bain, au moment du séchage de l’enfant, chez le médecin, chez un des membres de la famille, devant un.e inconnu.e
  • manipuler et porter son enfant sans prêter attention à ses parties génitales : sangles trop serrées dans le siège bébé, porte bébé qui écrase les testicules, exercent des pressions sur le pubis des fillettes
  • obliger un enfant à se rendre à la piscine et à se mettre en maillot de bain
  • tapoter les fesses de bébés pour qu’il fasse son rôt
  • décalotter son garçon
  • ne pas donner à son garçon des conseils pour apprendre à se décalotter seul
  • nettoyer le vagin de sa fille alors qu’il est auto-nettoyant
  • imposer des douches vaginales à sa fille
  • ne pas apprendre à son enfant à nettoyer son sexe
  • refuser à son enfant de se déshabiller seul.e
  • nettoyer le sexe, les fesses et l’anus de son enfant alors qu’il est en âge de le faire lui-même
  • procéder à des soins injustifiés d’hygiène et qui mettent dans l’inconfort l’enfant
  • interdire à son enfant de se masturber
  • ne pas laisser son enfant se masturber ou se toucher
  • ne pas indiquer à son enfant qu’il a le droit de se masturber et de toucher toutes les parties de son corps, que son corps lui appartient et qu’il peut le faire dans un endroit adapté
  • ne pas expliquer à son enfant comment se laver les parties intimes
  • ne pas expliquer comment utiliser du papier toilette
  • ne pas expliquer comment utiliser des sanitaires, comment relever la lunette des toilettes, nettoyer au besoin le toilette
  • ne pas adapter les sanitaires à l’âge de l’enfant : hauteur, diamètre de l’ouverture de la lunette, absence de pot, absence de marche pour monter sur le toilette
  • ne pas acheter de produits d’hygiène intime à son enfant et qui lui seraient nécessaires selon son âge
  • ne pas changer suffisamment son enfant
  • ne pas laver le linge intime, ni l’entretenir, ni acheter du linge adapté
  • ne pas apprendre à être propre à son enfant avec bienveillance, le lui enseigner trop tôt
  • lui imposer d’uriner ou de déféquer plus tard, de se retenir, ou dans un endroit sale ou mal adapté
  • ne pas informer sa fille sur ce que sont les règles, quand elles arrivent
  • laisser sans hygiène la douche ou les sanitaires du domicile familial
  • obliger l’enfant à dormir dans des draps souillés
  • obliger l’enfant à porter des vêtements souillés
  • obliger l’enfant à laver ses propres vêtements souillés
  • obliger l’enfant à nettoyer son urine
  • faire porter des couches à un enfant qui n’en a plus l’âge
  • ne pas acheter de serviettes hygiéniques ou tampons à sa fille ou en nombre suffisant
  • imposer de mettre de la crème sur les fesses ou parties intimes d’un enfant sans raison
  • refuser d’acheter un soutien gorge
  • refuser d’acheter des caleçons ou des slips pour un meilleur confort de l’enfant
  • refuser à l’enfant son intimité, sa pudeur, qu’il.le prenne sa douche seul.e, qu’il.le aille aux toilettes seul.e
  • imposer ou refuser une épilation
  • imposer des bains à plusieurs
  • pester sur les odeurs des parties intimes de l’enfant
  • utiliser des cosmétiques sur les parties intimes de l’enfant
  • sexualiser la tenue vestimentaire de son enfant
  • laisser son enfant sans sous vêtements à la vue d’autrui
  • inscrire son enfant à un cours de pole dance
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et les maux de l'enfant
  • imposer le suppositoire comme seul remède aux maux de l’enfant
  • réaliser des prises de températures rectales alors que d’autres méthodes existent
  • imposer le lavement comme seul remède à la constipation de l’enfant
  • prendre à la légère des mycoses du nourrisson
  • prendre à la légère des fissures anales
  • ne pas s’inquiéter d’un saignement anal ou vaginal
  • ne pas s’inquiéter du signalement de douleurs aux fesses par l’enfant
  • penser que le refus de s’alimenter est une colère alors qu’il peut cacher d’autres souffrances
  • ne pas s’inquiéter des pleurs de son enfant au moment du change et de ses sursauts ou cris alors qu’on le change
  • refus de donner des médicaments qui soulagent les douleurs de règle
  • refus de donner des médicaments qui soulagent un phimosis
  • refus d’emmener son enfant à une consultation médicales pour cause de douleurs pubiennes ou aux parties intimes
  • imposer l’intromission d’ovule dans le vagin de sa fille alors qu’elle est en mesure de le faire elle-même
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et la structure familiale
  • refuser de parler avec sa.son conjoint.e de l’existence des violences sexuelles et de faire une prévention commune
  • refuser de parler de l’inceste avec sa.son conjoint.e
  • s’abstenir de rejeter des attitudes des membres de la famille, gestes, paroles qui heurtent les parties intimes de l’enfant et sa sensibilité
  • refuser d’écouter son enfant qui ne veut pas se rendre chez un des membres de la famille
  • avoir des attitudes parentales hypersexualisées devant son enfant
  • faire des sous-entendus à caractère sexuels en présence de son enfant
  • laisser poser son enfant de façon suggestive pour prendre une photo de lui
  • se moquer d’une posture de son enfant et la sexualiser
  • diffuser des photos de son enfant par internet qu’il soit dénudé ou non
  • emmener son enfant dans un lieu ou un endroit dont on sait qu’il va l’insécuriser et l’inconforter dans son rapport à son propre corps
  • laisser trainer des objets sexuels dans son domicile
  • visionner un film pornographique en présence de son enfant
  • invectiver sa-son conjoint.e sur son manque d’appétence sexuelle devant son enfant
  • raconter à son enfant ses fantasmes et ses pratiques sexuelles
  • comparer physiquement sa femme et sa fille, son conjoint et son fils, faire des comparaisons physiques entre les enfants d’une même famille ou des membres de la famille
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et les modes de garde et la scolarité de l'enfant
  • ne pas prévenir son enfant des 3 visites médicales scolaires obligatoires et ne pas expliquer à son enfant qu’un médecin ou quiconque ne peut lui toucher ses parties intimes
  • ne pas expliquer à l’enfant qu’à la maternelle, il y aura des sanitaires collectifs
  • ne pas laisser à l’enfant des mouchoirs en cas d’urgences urinaires ou fécales
  • ne pas signaler à l’établissement scolaire les problèmes exposés par l’enfant et liés aux sanitaires : hygiène, voyeurisme, manque de papier toilette, manque d’intimité
  • ne pas laisser sortir un enfant de la classe pour aller aux toilettes
  • ne pas discuter avec son assistante maternelle des pratiques d’hygiène corporelle et de change, mise sur le pot, décalottage, prise de la température de son enfant ou avec tout autre interlocuteur qui s’occupera de votre enfant
  • refuser de faire de la prévention en collaboration avec l’établissement scolaire de votre enfant, ne pas se rendre aux réunions
  • prendre à la légère le harcèlement sexuel à l’école
  • ne pas soutenir son enfant victime d’insultes sexistes
  • ne pas considérer le refus de l’enfant d’aller à l’école, de croiser une personne, un autre enfant ou de se rendre chez une personne qui en a la garde
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et le corps médical
  • laisser son/un médecin déshabiller son enfant sans lui donner aucune explication
  • laisser son/un médecin toucher les parties intimes de son enfant sans lui donner aucune explication
  • laisser son/ un médecin décalotter son fils
  • laisser son enfant seul avec un médecin sans précaution particulière
  • accepter de faire pratiquer un toucher rectal à son enfant alors qu’il n’est pas nécessaire et peut être suppléé par une autre pratique médicale
  • accepter de faire pratiquer un toucher vaginal à son enfant alors qu’il n’est pas nécessaire et peut être suppléé par une autre pratique médicale
  • contractualiser la circoncision ou l’excision de son enfant avec un établissement de soins, sa mutuelle ou tout autre organisme d’assurance
Les violences sexuelles éducatives ordinaires et la prévention des violences sexuelles et l'information sur la sexualité
  • justifier auprès de ses amis l’absence de prévention des violences sexuelles et d’information à la sexualité en disant « chez nous, on ne parle pas de ça », « on ne parle pas de ces choses là »
  • refuser de donner des contraceptifs à son enfant ou imposer la prise de contraceptifs
  • refuser de donner de l’argent à un enfant pour qu’il achète ses moyens de contraception
  • refuser de parle de la sexualité avec son enfant
  • demander à un enfant de garder le silence sur ce dont il a été témoin comme violences sexuelles
  • s’abstenir de mettre un contrôle parental sur les outils de communication s’agissant de l’accès à la pornographie et à toute ressource média ayant un caractère sexuel  
  • ne pas expliquer ce que sont les violences sexuelles, la pornographie, la prostitution
  • croire que laisser son enfant seul avec un outil de prévention des violences sexuelles suffit
  • ne pas expliquer à son enfant comment on fait les bébés
  • ne pas nommer les parties intimes par les mots du langage courant : pénis, testicules, vulve, clitoris, vagin, fesse, anus, sein, bouche…
  • créer des mots tabous
  • ne pas faire de prévention au sein des fratries
  • autoriser ou laisser faire des jeux à caractère sexuels ou stéréotypés
  • autoriser ou laisser visionner seul et librement de films sans aucun contrôle parental
  • désinformer, mal informer ou s’abstenir d’informer sur la recrudescence du sida et des mst en France
  • dire à son enfant qu’il.le peut se prostituer et nier que la prostitution est de la violence sexuelle tarifée
  • dire à son enfant que la pornographie est un métier
  • ne pas expliquer ce qu’est la pornographie et que c’est de la violence sexuelle
  • refuser de croire que l'âge du premier visionnage d’un film pornographique pour les garçons est de 9 ans et pour les filles de 11 ans
  • ne pas écouter les paroles d’un enfant qui sont à caractère sexuel, les banaliser et ne pas se demander pourquoi il.le parle de cela
  • dénigrer les sentiments amoureux qu’un enfant peut ressentir
  • ne donner aucune indication sur le fait qu’un rapport sexuel entre un mineur et un majeur en France est interdit par la loi
S'interroger sur ses attitudes, gestes et paroles en tant que parent, tenter de corriger certaines pratiques éducatives, en parler avec un tiers, c'est déjà offrir à votre enfant un espoir de trouver ou re-trouver un cadre plus bienveillant pour lui permettre de grandir. 

Etre conscient des violences sexuelles éducatives ordinaires qu'on inflige à son enfant, reconnaître qu'elles sont nuisibles à son enfant, s'excuser, en parler avec son enfant, se faire accompagner et changer sont ensuite des étapes indispensables pour permettre à votre enfant de retrouver son intégrité corporelle.

Tout enfant, dès sa naissance, a droit au respect de son corps, à son intégrité corporelle et psychique. 

Prévenir les violences sexuelles, c'est reconnaître la violence sexuelle éducative ordinaire. 

lundi 19 septembre 2016

Enfants maltraités : organiser la lutte en réseau


Mardi 13 septembre, 20h50, un documentaire intitulé "Enfants maltraités : un silence à briser" est diffusé sur France 5, l'occasion de découvrir quelques figures importantes de professionnels qui luttent activement contre toutes les formes de maltraitances commises à l'encontre des enfants, de l'humiliation aux viols. 

« Le problème de la maltraitance, c’est qu’on n'a pas envie que ça se passe. C’est plus confortable de faire comme si ça n’existait pas ».

Justice, médecine, police se mêlent donc, se confrontent et se heurtent afin de rappeler et de faire exister les droits des enfants : le droit à l'intégrité corporelle et le droit d'être reconnu victime de maltraitance. 

Au début du documentaire, pour les policiers, l'enjeu est de savoir qui "a eu ce geste incontrôlé", celui de secouer un bébé. C'est ainsi que démarre le reportage. 

Pourquoi un adulte a eu ce geste envers un enfant ? L'objectif est pour ces policiers de pouvoir donner une explication à l'enfant qui a été victime. La police a pour mission d'enquêter, de rapporter des preuves, de démontrer que les maltraitances sont réelles et qu'elles ont été causées par un auteur identifié : un parent, un membre de la famille, une connaissance. Si les policiers s'affèrent avec les parents maltraitants, de l'autre, les médecins et soignants accompagnent au mieux les enfants victimes. 

C'est ainsi que nous découvrons Caroline Rey-Salmon, la chef de service des Unités médico-judiciaires de l'Hôtel Dieu. C'est elle qui reçoit les petites victimes afin de les examiner, de constater leurs blessures. 

Selon elle, les médecins qui accompagnent les enfants maltraités ont une mission spécifique lorsqu'ils exercent aux unités médico-judiciaires."C’est à nous d’ouvrir les portes pour qu’ils puissent parler. C’est à nous de se former pour permettre aux enfants de nous dire des choses. Et parfois de nous dire avec des débuts de mots, des débuts de phrases, des suggestions. C’est à nous d’entendre ça."

Sa posture est non seulement celle d'un médecin mais aussi celle d'une écoutante. La parole des enfants ne peut se libérer que doucement, dans un cadre sécurisé. Et, bien souvent d'ailleurs, elle ne se libère que si l'on pose vraiment des questions aux enfants. Une jeune fille, victime de viols, nous raconte comment elle a révélé les agressions subies à sa psychothérapeute : "j'ai pas expliqué, sous questions, j'ai répondu". 

Cette phrase tirée du documentaire comme d'autres que nous avons relevées et que nous rapportons dans cet article est particulièrement importante. En effet, ainsi que l'explique Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol, lorsqu'un enfant est victime de violences sexuelles, il est soumis à une stratégie de mise sous terreur par l'agresseur. On le fait promettre de garder le silence en le menaçant, en lui faisant peur. Cette stratégie enserre ainsi la parole de l'enfant victime et il ne peut seul réussir à parler. Par conséquent pour Emmanuelle Piet, il faut comprendre que si l'enfant victime a promis de ne rien dire, il n'a pas promis de ne pas répondre aux questions qu'on pourrait lui poser. 

Oser demander à un enfant si il a été victime de violences sexuelles est donc non seulement un acte de prévention mais surtout la seule solution pour le faire sortir de l'enfer de la peur dans lequel l'agresseur l'a plongé. 

Patricia Vasseur, infirmière-puéricultrice, collègue de Caroline Rey-Salmon aux UMJ, témoigne également de sa pratique. Elle nous explique les dispositions qui sont prises pour procéder à l'examen médical gynécologique des enfants. Cet examen est une des étapes clés de la procédure judiciaire dans la mesure où il va permettre de corroborer les dires de l'enfant. Pourtant, encore trop souvent, des idées sont véhiculées sur l'impact négatif que pourrait provoquer cet examen sur l'enfant. Et, conséquence directe de cette idée reçue, certains parents se cachent derrière ce prétexte pour ne pas protéger leur enfant et ne pas porter plainte. 

Pourtant, Patricia Vasseur nous explique : "on va dire : "ha mon Dieu, ça va rappeler les faits, ça va être comme une autre agression et tout. Et pas du tout, parce que nous on est souvent les premières personnes qui ont accès au corps, à l’intimité et au corps de l’enfant après l’agression. Et on est là pour redire : ton corps, c’est le tien, il t'appartient, il est à toi. Nous on est des soignants, et on fait tout avec la collaboration de l’enfant [on est là aussi pour] répondre aux questions de l’enfant sur sa santé et son corps.Ce qui est important, c’est de pouvoir mettre un enfant en position de victime, [et lui dire] tu es victime de maltraitance."

Parmi les différents plans du documentaire, on voit souvent une petite grenouille. C'est elle, cet animal qui vit accroupie et dont les cuisses sont toujours écartées qui a permis à Caroline Rey-Salmon de développer une technique d'examen médical gynécologique non traumatisant pour les enfants victimes de violences sexuelles. 

Pourtant, malgré l'acharnement de certains professionnels de la police ou de la médecine, il est des situations où les enfants ne parlent pas, ou alors, des situations où ils ont parlé et n’ont pas été écoutés. Et, ces situations vont durer des années et personne ne va les aider à se reconstruire.

C'est face à cette situation, que les journalistes ont choisi de nous présenter le commandant Guy Bertrand lequel est particulièrement engagé afin d'inciter quiconque qui a eu connaissance de faits de maltraitance à faire des signalements. Car le signalement est encore tabou dans de nombreuses institutions, notamment scolaires qui ne savent pas faire face. « On ne sait jamais quelle attitude on doit avoir » rapporte un des membres d'une communauté éducative. L'intérêt supérieur de l'enfant est souvent mis en balance avec des considérations morales : vais-je briser le lien enfant/famille si je signale, quelle réputation aura l'établissement après ? 

Pourtant comme le rapporte le commandant Guy Bertrand : "le procureur dit « vous avez des doutes, vous dénoncez ». Vous vous trompez, on dira mince. Vous, sur des mineurs [s'adressant à la communauté éducative], si vous êtes témoin, si vous entendez et que vous ne dénoncez pas, c’est vous les fautifs ! Ne pensez pas aux poursuites, à la famille, vous, c’est l’enfant qui vous préoccupe. Le parquet, la justice pour l’instant ne pourrait pas, et d'ailleurs n'a jamais poursuivi les gens qui ont fait des signalements et qui se sont trompés. Sinon, déjà qu’il n’y a pas beaucoup de signalements et si en plus on est poursuivit quand on se trompe, on en aura plus et plus personne ne s’occupera des enfants. Et, on les retrouvera morts et on les récupérera à la sortie et on dira : si on avait su, on aurait signalé."

Alors comment dépasser ces blocages ? Comment faire en sorte que le signalement soit systématisé dans les établissements scolaires ? Pour le commandant Bertrand, deux actions sont nécessaires : d'un côté rassurer et de l'autre créer des liens. C'est parce qu'un travail en réseau et solidaire est réalisé en matière de lutte contre la maltraitance que non seulement des conduites violentes peuvent être évitées mais bien plus qu'elles finissent par cesser.  

Car, de l'autre côté, pour la victime, le chemin vers la reconstruction est complexe. Pour la victime, la psychothérapie est une étape incontournable sur ce chemin. 

C'est dans ce contexte que nous est présenté une autre figure du réseau : Mélanie Dupont, la psychologue des UMJ. 

Lorsque Mélanie Dupont reçoit des enfants victimes, elle leur demande toujours : "est-ce que vous savez ce que c’est un psychologue ?" Ce jour là, elle reçoit trois frères et l'un d'eux lui répond : "c’est comme pouvoir avoir des mots". "Exactement", confirme-t-elle. "Quand tu dis des mots, c’est que peut être des fois on vit des choses à l’intérieur, ou qu’on dit pas (dit l’enfant), oui, qu’on a du mal à dire, on ne sait pas les dires parce qu’on a pas les mots, qu’il faut." De part sa pratique Mélanie Dupont nous explique : "ce qui anime je crois principalement, c’est pouvoir les accompagner pour grandir, et grandir au mieux.". Les enfants développent de nombreux mécanismes pour faire avec et le travail du psychologue, c'est de les accompagner dans l'utilisation de leurs mécanismes. Mais la tache n'est pas aisée ; c’est d’autant plus complexe chez celui qui écoute l'enfant qu'il lui faut supporter l’insupportable.

Face à cet insupportable, seule l'application de la loi peut permettre de remettre les choses à l'endroit. Le juge est ainsi là pour protéger les enfants des adultes. Il est en interaction permanente sur la société. Le vice procureur Sylvain Barbier Sainte Marie, autre figure que nous découvrons, nous explique que "la lutte contre la maltraitance, ça part de la prévention et de la connaissance" et qu'il est nécessaire d'avancer ensemble en réseau. 

Pourquoi peut-on se demander ? Pourquoi est-il nécessaire d'avancer ensemble en réseau ? 
Car la maltraitance est invisible ; soit parce qu'elle ne laisse pas de trace, soit parce que nous n'ouvrons pas les yeux sur elle. Trop souvent, on entend "c'est pas grave" or, si, c'est très grave. Il ne faut pas oublier que nos petits d'aujourd'hui ce seront nos grands de demain et que si ils se construisent de la bonne manière et bien, ils seront de bons parents et de bons adultes et c'est extrêmement important. Cette action partenariale et de réseau apparaît, comme en témoigne ce reportage, comme le seul remède efficace à une société qui ne parvient pas à protéger ses enfants. Ce qu'il faut faire c'est de la prévention des violences sexuelles à long terme. 

Si cette conclusion que nous avons rédigée à partir des différents témoignages recueillis dans ce reportage est pour le moins éclairante et donne espoir pour rendre plus efficace le système de protection de l'enfance, de l'autre il y a la tristesse d'un constat. En effet, dans un ouvrage récemment publié, Hélène Romano dénonce les régressions du système français de protection de l'enfance : la protection de l'enfant n'est pas une priorité, la société véhicule une idée fausse qui vise à dire que les maltraitances se réparent rapidement, beaucoup trop d'enfants sont en souffrance dans les structures d'accueil sensées les protéger et le système français de protection ne parvient pas à penser le temps pour appréhender les maltraitances.  

Aussi à la suite du documentaire et pour prolonger le débat, l'émission Le monde en face a reçu sur son plateau deux invitées afin d'apporter des éclairages supplémentaires sur la situation des enfants maltraités : Hélène Romano psychologue spécialisée dans la prise en charge des psychotraumatismes des enfants maltraités et Gwendoline Alves Garcia, victime de maltraitance. 

Hélène Romano appuyée par le témoignage de Gwendoline Alvès Garcia répondra à trois questions que nous avons choisi de retranscrire : 

Qu’est ce qui fait qu’on devient un parent maltraitant ? Pour Hélène Romano, "être père ou mère, c’est l’état civil. Devenir papa ou maman, c’est psychologique, c’est de l’ordre de quelque chose de la rencontre entre un enfant et un parent. Et, cette rencontre là, elle se fait des fois facilement et des fois elle s’apprivoise difficilement. C’est très lié à l’histoire du parent, c’est très lié à la place de cet enfant dans l’histoire de ce parent là, à ce moment là. Certaines fois, c’est compliqué." Elle ajoute qu'en plus du huit clos des familles, "l'environnement a une grande place pour apaiser ou renforcer la maltraitance" et renforcer le sentiment d'abandon de l'enfant. 


La loi du silence d’où vient-elle ?
  1. "d'abord, elle vient de la difficulté de notre société à se représenter qu’un enfant peut être massacré, maltraité par son parent. La société a comme un a priori protecteur envers le parent.
  2. ensuite, l’enfant est solidaire de son parent maltraitant. Il n'arrive pas à se penser autrement. Il espère désespérément que son parent va l’aimer et il ne va pas dénoncer son parent. C’est un leurre, c’est illusoire de s’imaginer que l’enfant maltraité dénonce.
  3. enfin, les professionnels ont du mal à voir et parfois s’alertent ou sont faussement rassurés. Il existe un grand manque de formation et de sensibilisation du grand public sur la situation des enfants maltraités; qui en plus très souvent se sont hyperadaptés aux maltraitances qu'ils subissent. Cela a pour effet que leurs souffrances deviennent presque invisibles."
Comment se reconstruire en n'étant pas que cette maltraitance ? En redevant sujet, en redevant sujet de son histoire. La maltraitance, c’est un déni d’être. On a été traité comme un objet. Quand on devient sujet de son histoire, apprendre à prendre soin de soi, à se dire qu’on vaut la peine, qu’on a de la valeur pour soi, à restaurer ou à créer une estime de soi même, [alors on comprend que ] c’était un épisode de soi-même, [mais] maintenant, il y a la vie, il y a la vie devant, faut être être dans sa vie, c’est très important de s’autoriser à ça."

Ainsi, comprendre les maltraitances, le fonctionnement de notre système de protection, ses défaillances, sont autant de solutions pour prévenir les violences sexuelles. Pour sauver les enfants maltraités, organisons notre lutte en réseau. 


Aller plus loin : 
- la grenouille ou la technique d'examen médical gynécologique non traumatisant pour les enfants victimes de violences sexuelles
- le témoignage de Gwendoline Alvès Garcia : A coeur ouvert, née d'un viol
- le syndrome du bébé secoué expliqué par Caroline Rey-Salmon

vendredi 16 septembre 2016

Stop à la maltraitance émotionnelle - mais comment ?


Avec les progrès des neurosciences, il a été prouvé qu'un enfant de moins de 3 ans ne peut pas gérer ses émotions tandis qu'un enfant de 6 ans peut tout juste commencer à apprendre ce qu'elles sont s'il a un parent qui les lui enseigne ou un éducateur-enseignant. 

Au delà de cet âge, l'apprentissage du vocabulaire des émotions est essentiel afin que l'enfant puisse dire ce qu'il ressent, ce qui lui convient, ce qui ne lui convient pas, si il se sent triste, déçu ou si il se sent en colère. Il pourra alors commencer à comprendre ce qui a provoqué en lui les émotions qu'il ressent, lesquelles ne sont en réalité que des réactions d'adaptation aux situations qu'il vit. Il pourra alors commencer à apprendre à gérer son émotion. Car les émotions ne sont pas mauvaises, elles sont moteurs. 

Or, tant que l'émotion n'a pas été verbalisée, que ce soit par l'enfant lui même ou par l'adulte qui l'accompagne et, surtout, tant que l'émotion n'a pas été entendue, elle continue telle un petit ver dans une pomme à déstabiliser l'enfant. 

L'enfant déstabilisé n'est ainsi pas en pleine possession de la situation, de son corps, de son esprit. Il souffre de l'intérieur, comme prisonnier de son corps, de sa tête, de ses pensées, de sa tourmente. 

Et, si en plus de cela, le parent ou l'éducateur n'accueille pas son émotion, alors le ver continue son chemin dans la pomme et grossit un peu plus chaque jour, enfermé là.

Accueillir les émotions d'un enfant est, en plus, bien souvent, difficile pour le parent ou l'éducateur. Les réactions émotionnelles des enfants sont, en général, à la hauteur de la tempête intérieure qu'ils ressentent. Le parent ou l'éducateur n'est pas doté d'un mode d'emploi et l'éducation qu'il a reçu l'enserre souvent dans plusieurs dilemmes : d'un côté, la volonté de bien faire, d'être bienveillant, de ne pas nuire et de l'autre, l'importance de donner des limites, d'avoir de la fermeté, d'oser dire non. Le parent ou l'éducateur a pu en plus lui même être maltraité ce qui l'empêche souvent de réagir avec bon sens.

Bien souvent le parent pense bien faire, croit bien faire mais empêche l'enfant d'exprimer son émotion. Celle-ci se retrouve alors enfermée et l'enfant peut littéralement implosé.

Or, c'est cette attitude de dénigrement qui porte le nom de maltraitance émotionnelle.

Mais alors comment composer ? Comment faire ? Comment bien faire ? Comment sortir de la maltraitance émotionnelle ?

En adoptant autant que possible une pratique éducative, qui dès la naissance, permette l'expression et l'accueil des émotions de l'enfant. Ce sont cette expression et cet accueil qui vont permettre de sécuriser émotionnellement l'enfant. Alors ses émotions ne seront pas des parasites mais de véritables moteurs pour lui permettre d'être heureux dans sa vie. 


Mais, chaque enfant est différent, chacun possède son tempérament et sa compréhension du monde. Ses aptitudes peuvent être diverses. Aussi, plusieurs réponses existent pour permettre à l'enfant d'exprimer ses émotions et aux parents ou éducateurs de l'accompagner dans cette communication ; évitant en cela toutes formes de violence et en particulier ce que l'on nomme la violence éducative ordinaire.

La violence éducative ordinaire est la situation dans laquelle pour se faire obéir, que l'enfant se calme, l'adulte, le parent ou l'éducateur use de moyens inefficaces : la menace, l'amour sous condition, le rejet, l'insulte, l'humiliation, l'affirmation de l'autorité ou encore l'absence d'attention. Ces situations de violence éducative ordinaire dans lesquelles tout adulte peut se reconnaître n'aboutissent en réalité qu'à abîmer un peu plus l'enfant et bien souvent pour toute la vie. Ces violences s'inscrivent dans la mémoire de l'enfant mais aussi dans tout son fonctionnement neurologique.

Mais, alors, comment peut-on faire ? Et, surtout, peut-on faire autrement ? Que faire pour ne pas maltraiter émotionnellement son enfant ? Pour permettre un retour à l'apaisement et à la joie de l'enfant et de son accompagnant ?

La réponse : oser changer ses propres conduites. 

1) devenir conscient de ce que l'on fait et de ce que le stress génère chez l'enfant. Il importe d'être conscient des conduites que l'on a avec son enfant, de prendre conscience que nos gestes ont des impacts directs sur les émotions de notre enfant. Dans un article très éclairant, on peut facilement comprendre comment  le cerveau stressé d'un enfant lui fait perdre tous ses moyens.

A tout âge de l'enfant, il importe d'être conscient que tout enfant doit pouvoir exprimer ses émotions, que ce soit chez les plus petits, comme chez les 5 à 8 ans, mais aussi chez les pré-ados ou les ados. A l'âge adulte, grâce à cette bienveillance constante, ces enfants devenus grands auront progressivement acquis suffisamment de confiance en eux pour ne pas se laisser dépasser par des situations difficiles et pourront verbaliser leurs souffrances sans attenter aux autres.

Cette conscience doit nécessairement s'inscrire dans nos quotidiens car c'est chaque jour que nous accompagnons nos enfants. Un dicton nous rapporte que "si un enfant grandit dans l'hostilité, il apprend à se battre et que si un enfant grandit dans la sécurité, il apprend à avoir confiance". Essayons de le garder à l'esprit. 

2) identifier ses propres limites : oser dire que l'on n'en peut plus, qu'on ne sait pas gérer, que là, ça va trop loin, que ça nous renvoie à nous même des émotions que nous ne parvenons pas à gérer, que la situation nous rend comme une cocotte minute, prête à expulser tout son air chaud.

Il est important de savoir que si enfant, nous n'avons pas nous même reçu suffisamment d'affection et d'attention, alors nos réactions avec nos propres enfants seront biaisées. Il nous sera toujours difficile de ne pas réagir de façon épidermique et de ne pas être violent émotionnellement.

Isabelle Filliozat l'explique très clairement. Le cerveau d'un parent dont l'enfance a été abîmée ne sécrète pas les mêmes hormones que celui d'un parent dont l'enfance n'a été faite que d'amour et d'affection. Cette réalité neurobiologique peut ainsi rendre impossible certains soins d'un parent pour son enfant.


3) accepter d'être aidé : oser appeler un ami, un membre de la famille, se renseigner, prendre contact avec des professionnels permet de ne pas rester, soi-même, déstabilisé face à une situation de crise émotionnelle que l'on ne peut gérer.

Le site Naître et Grandir offre des conseils pratiques pour apprendre à son enfant à gérer ses émotions selon son âge : 
- comportement et discipline de 5 à 8 ans

Pour recevoir des conseils et être soutenu dans votre parentalité, vous pouvez aussi contacter la ligne Allo Parents Bébé 0.800.00.3456 du lundi au vendredi de 10h à 20h. Selon l'étude réalisée par TNS-SOFRES en janvier 2008 pour Enfance et Partage, 1 mère sur 5 - soit près de 50 000 femmes - ne sait pas vers qui se tourner pour trouver de l'aide face aux réactions et au comportement de son bébé, ainsi qu'à ses propres sentiments. C'est pour pallier à cette absence et en s'appuyant sur son expertise en matière de téléphonie sociale qu'Enfance et Partage a créé en février 2008 Allo Parents Bébé, un numéro vert. Allo Parents Bébé s'adresse aux femmes enceintes, aux futurs pères, aux frères, aux soeurs, aux grands-parents et proches de l'enfant, mais également aux professionnels de la santé et de la petite enfance.

En appelant la mairie de votre commune, vous pouvez aussi être orienté vers le service municipal d'aide sociale de votre ville afin d'être mis en contact avec des éducateurs spécialisés qui pourront vous aider dans votre parentalité ou encore avec des puéricultrices et tout autre interlocuteur chargé de la protection de l'enfance et qui pourront répondre à vos questions et vos interrogations.

4) essayer de nouvelles pratiques éducatives : deux ouvrages sont particulièrement aidant pour ne pas maltraiter émotionnellement son enfant : J'ai tout essayé d'Isabelle Filliozat et Mon bébé comprend tout d'Aletha Solter. Dans ses deux ouvrages, nous sont transmises des techniques pour gérer les situations de crises émotionnelles tout en ne se laissant pas déborder. 

Comment par exemple traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans ? Voici une petite vidéo qui offre des solutions. 


5) donner du temps à l'enfant pour qu'il trouve aussi son propre chemin d'expression de ses émotions. Il n'est pas aisé d'entendre son enfant crier, pleurer et s'exprimer ainsi avec force, colère, rage mais cela est pourtant nécessaire tant qu'il ne peut verbaliser autrement ce qu'il ressent.

Durant toute sa croissance, l'enfant a besoin de cet espace de bienveillance pour exprimer ce qu'il ressent. Donner du temps à l'enfant, lui laisser de l'espace pour s'exprimer sont là des solutions pour l'aider, à tout âge, à trouver le chemin de l'apaisement. 


6) jouer avec son enfant à connaître ses émotions : dès deux ans, il est possible d'apprendre à son enfant des mots ou des expressions pour traduire ses émotions. Il est possible de lui enseigner l'auto-régulation :


De même, il est possible d'apprendre à l'enfant à gérer son agressivité. Si l'agressivité fait partie du développement normal de l'enfant, il importe d'accepter d'entendre d'où elle vient. Le site Naître et Grandir donne des clés pour comprendre d'où vient l'agressivité et comment la prévenir. C'est une mine d'or de conseils pour faire progresser sa parentalité et/ou sa pratique éducative et permettre de lutter activement contre la maltraitance émotionnelle.


Isabelle Filliozat a également créé un cahier des émotions pour découvrir les émotions, apprendre à les nommer et apprendre à les gérer. Ce cahier, très ludique est utilisable avec un enfant, dès ses 5 ans. Le livret Parents ou d'aide à la parentalité qu'il contient à la fin de l'ouvrage est également très instructif. On y apprend que sans un parent enseignant, l'enfant ne peut trouver ses propres solutions à la gestion de ses émotions. Isabelle Filliozat nous rapporte que "les anciens disaient que les émotions s'opposaient à la raison. Ils nous ont fait honte quand nous pleurions, nous ont dit que nous étions vilain.es quand nous étions en colère, que nous faisions la comédie quand nous avions peur et même que nous faisions trop de bruit quand nous exprimions notre joie ! Nous savons aujourd'hui qu'ils avaient tort. Les scientifiques ont montré que les émotions sont nécessaires à la raison, puisque ce sont elles qui nous permettent de faire les bons choix, de nous orienter dans la vie et d'être sensibles aux autres".


7) apprendre à gérer ses propres émotions : ce qui fait que souvent, nous ne parvenons pas à aider nos enfants ou les enfants que nous accompagnons, dans la gestion de leurs propres émotions et qui, par conséquent, retentit sur leur bien être se transformant au quotidien en brimades et invectives répétées - ce que l'on appelle la violence émotionnelle - est que nous n'avons nous même que rarement appris à gérer nos émotions. 

Ainsi progressivement, peut s'installer un climat de négation de l'enfant et cela à tout âge : "t'es bête ou quoi ? T'es con ou quoi ? C'est ça pleure tu pisseras moins ... Regardez-moi cet idiot.e... Arrête de pleurer... C'est bon là, tu pleurniches comme une fille... Non mais t'es nul.le ou quoi ? Je t'ai dit de...., Tu comprends rien ... Oui, c'est ça, pleure... Ha, tu peux faire ta colère, je m'en fous ! T'as pas de cerveau ou quoi ? T'as quoi dans la tête ? Ha nan mais je te jure faites des gosses... Regardez moi cet imbécile ! Tais-toi ! Tu vas te taire, oui ! Va dans ta chambre ! J'en peux plus de toi ! Tu ressembles à... (imbécile)... Tu fous le camp sur le champ ou je... Dégage... T'arrêtes tout suite de... Tu me parles pas sur ce ton... Tu te calmes immédiatement ou je ... T'entends ce que je te dis là ou t'es sourd... Je ne t'aime pas quand tu fais cela, y'a des baffes qui se perdent " Vivre ne serait-ce qu'une semaine, tous les jours ce genre de brimades, d'invectives, d'insultes, vient renforcer l'inaptitude de tout enfant à exprimer ses émotions c'est-à-dire vient l'empêcher de trouver les bons mots pour caractériser et expliquer ce qu'il vit, à son niveau à lui, à son âge à lui et avec ses aptitudes à lui.

Reconnaître soi-même que l'on ne sait pas gérer ses émotions, toutes ou certaines d'entre elles et faire une démarche pour apprendre à les exprimer, à les supporter reviendra nécessairement à aider tout enfant dont vous avez la charge. 


8) apprendre à calmer ses propres réactions excessives : dès lors que l'on souhaite accompagner avec bienveillance un enfant vers l'âge adulte, il importe de réagir avec bon sens et en gardant son sang froid. Mais, comment faire face à des situations qui nous échappent, face à des situations qui sont pour nous ingérables, où l'on ne trouve pas d'issue ? Comment aider, accompagner son enfant sans le briser, lui faire perdre la bonne estime qu'il a de lui, l'abandonner seul face à ses émotions, lui faire perdre sa confiance en lui qui n'est qu'en construction ? En calmant ses propres réactions : prendre conscience que ça se met à bouillir à l'intérieur et que cela va bientôt sortir, prendre du recul sur l'instant, aller prendre l'air, s'éloigner momentanément de l'enfant tout en le sécurisant, reporter une discussion, confier son enfant à une personne de confiance, prendre contact avec un.e psychologue spécialisé.e ou encore contacter une association de protection de l'enfance sont là des solutions pour commencer à gérer ses propres réactions excessives. 


9) Savoir que les premières années de la vie durent toute la vie. Les recherches récentes sur le développement du cerveau indiquent que les saines relations parent-enfant ont une grande influence sur le développement du cerveau des bébés et des jeunes enfants. Dans son ouvrage, Voulons-nous des enfants barbares ? Maurice Berger, ancien chef de service en psychiatrie de l'enfant au CHU de Saint-Etienne, nous explique : la quasi-totalité des enfants et préadolescents auteurs de violences pathologiques extrêmes ont été soumis tout petits, le plus souvent par leurs parents, à des relations particulièrement défectueuses entraînant des traumatismes relationnels précoces. Pour faire face à ces traumatismes, ces enfants ont, dès les premières années de leur vie, mis en place des processus de défense automatiques qui incluent l'attaque potentiellement meurtrière. Leur prise en charge thérapeutique est longue, coûteuse et de résultat aléatoire. Et pourtant les connaissances scientifiques, précises, qui permettraient une vraie prévention, existent. Seule la France refuse de les prendre en compte car ce savoir bat en brèche un bon nombre de croyances. Le lien de causalité entre traumatisme relationnel précoce et violence fait en effet chez nous l'objet d'un déni volontaire et sans remède. La situation risque de devenir ingérable. Le nombre d'enfants « barbares » qui n'ont pas la liberté interne de ne pas frapper va continuer à croître si nous ne parvenons pas à modifier notre manière de penser ce problème". Cet ouvrage de référence peut vous aider à prendre toute la mesure du fait que la maltraitance émotionnelle comme toutes les autres formes de maltraitances ont des effets très souvent irréversibles sur les enfants.

Ainsi lutter contre la maltraitance émotionnelle, c'est réussir à se parler, à se comprendre, à s'entendre, à trouver son langage commun. Si cela peut paraître une réelle difficulté, à laquelle tout parent ou éducateur devra faire face et ce dès la naissance de l'enfant, pour autant, celle-ci n'est pas insurmontable.

Et, c'est ce cadre de vie bienveillant alors offert à l'enfant qui vous permettra à la fois d'aborder la question de la prévention des violences sexuelles mais aussi de créer un espace de parole suffisamment ouvert et libre pour permettre à votre enfant de vous révéler des violences sexuelles dont il aurait pu être victime. Trop souvent, les parents dans leurs premières réactions face aux révélations de violences sexuelles disent à l'enfant : " quoi ? c'est pas possible ? pourquoi n'en as-tu pas parlé plus tôt ?" Or, non seulement votre enfant aura été soumis à une stratégie de mise sous terreur de la part de l'agresseur mais, en plus, il lui aura fallu trouver le moment le plus adéquat pour lui, face à votre vie, face à vos façons de réagir, pour libérer ses souffrances. 

Aider dès le plus jeune âge votre enfant à libérer ses émotions, les accueillir avec bienveillance, lui apprendre des mots pour exprimer ses émotions, comprendre son agressivité et l'accueillir et ne pas le laisser seul face à tous les sentiments qui le parcourent, c'est prévenir les violences sexuelles. 

Alors, osons dire stop à la maltraitance émotionnelle, osons changer nos pratiques éducatives et agissons au quotidien.

Aller plus loin : 
- Au coeur des émotions de l'enfant d'Isabelle Filliozat
- Pour une enfance heureuse de Catherine Gueguen
- Article publié sur Psychomédia : les surprenants bénéfices d'un riche vocabulaire concernant les émotions.
- Article publié sur les Pros de la Petite Enfance : Catherine Gueguen, pédiatre : "Arrêtons de dire aux petits "t'es pas gentil" !
- Témoignages de parents ayant contacté le service Allo Parents Bébé
- Pour comprendre où se niche la maltraitance, consulter l'article de l'Observatoire de la violence éducative ordinaire OVEO "et si la parentalité positive n'était pas si positive que cela ?"
- Pour comprendre comment nos paroles et certains de nos actes sont en réalité des maltraitances, consultez le blog : http://douceviolence.free.fr/
- La roue des émotions, un outil pour vous aider à verbaliser vos propres émotions en tant que parent ou éducateur
- le site d'Isabelle Filliozat pour découvrir les ateliers d'aide à la parentalité.
- notre article sur comment apprendre à apprendre aux enfants la prévention des violences sexuelles

samedi 3 septembre 2016

Unicef : la protection de l'enfance en littérature jeunesse

Trouver les mots pour prévenir son enfant de l'existence des violences sexuelles et pour le protéger des violences sexuelles est parfois très difficile. 

Alors, des livres peuvent vous y aider. 

C'est un peu dans cette dynamique que l'Unicef a lancé cette année ses Prix Unicef de littérature jeunesse. C'est parce que la lecture est un formidable vecteur éducatif qui permet aussi aux enfants d'apprendre et de connaître leurs droits que l'Unicef a débuté cette opération. 

Et, pour commencer, l'association a choisi le thème de la protection de l'enfance, entendue au sens large : maltraitance, guerre, exploitation, maladies, mal-être émotionnel, physique ou mental, vulnérabilité face à la violence, rôle de protection des parents etc... 

Comment les prix fonctionnent-ils ? 

Les enfants votent pour l'ouvrage qui leur plaît le plus. 

Pour cela, une sélection a au préalable été réalisée et les prix sont proposés dans 3 catégories : 0 à 6 ans, 6 à 8 ans et 8 à 11 ans. 

Si l'opération a débuté le 15 mai dernier, il est encore possible de voter jusqu'au 15 septembre 2016. 

Alors, comme c'est la rentrée scolaire et qu'il faut se remettre dans le bain des mots, pourquoi ne pas en profiter pour se rendre à la bibliothèque municipale, emprunter un des ouvrages sélectionnés et en profiter pour discuter ensemble des droits des enfants et de la prévention des violences sexuelles ?

Voici les ouvrages sélectionnés : 




vendredi 2 septembre 2016

Prévenir, un doudou qui aide à prévenir les violences sexuelles

Vous l'avez sans doute constaté : notre blog est la demeure d'un petit personnage.

Il est vert. Il appartient à la famille des Humanitous. Et, peut-être ne le saviez-vous pas, mais son prénom est Prévenir.


Son objectif : être remarqué par les enfants, emporté par eux, câliné par eux afin qu'il leur délivre un message.

Prévenir est là pour aider les parents à parler des violences sexuelles à leurs enfants. Il est là pour expliquer ce qu'elles sont. Il est là comme un outil de plus pour protéger les enfants des violences sexuelles.

Les Jolies Choses d'O en Couleurs ont décidé de nous accompagner dans cette aventure et de donner corps à Prévenir.

Vanessa s'est ainsi lancée dans sa confection. Et, bientôt, nous mettrons à disposition son tutoriel pour que vous puissiez vous aussi fabriquer Prévenir. En attendant, voici les deux modèles qu'elle a confectionnés.



Un grand merci à Vanessa !

dimanche 7 août 2016

Définition du parent prévenant

Prévenir son enfant de l'existence des violences sexuelles, c'est devenir un parent prévenant. 

Etre respectueux de son enfant, être bienveillant, toujours, avec lui, c'est être ce parent. Plus encore, le parent prévenant répond à trois qualités. 


Le parent prévenant est un sachant. 

Il sait que les violences sexuelles existent. Il sait qu'un enfant sur cinq est victime de violences sexuelles au sein de l'Europe. 

Il sait que les agresseurs et violeurs d'enfants se trouvent au sein des membres de sa famille. Il sait qu'il doit être vigilant face à toute attitude des membres de sa famille. 

Il sait que les violences sexuelles sont principalement le fait des hommes mais qu'elles peuvent aussi être le fait des femmes. 

Il sait que les enfants victimes de violences sexuelles peuvent l'être à tout âge, de 0 à 18 ans, et qu'ils sont aussi bien des garçons que des filles. Il sait aussi que le violeur d'enfants n'use pas forcément de la violence physique mais d'une stratégie - menace, persuasion, corruption, emprise - pour agresser sexuellement l'enfant. 

Il sait que l'inceste n'est pas qu'une agression sexuelle ou un viol mais plus encore toute attitude, mot, regard, geste à caractère sexuel d'un des membres de la famille de l'enfant, qui nuit à l'enfant. Il sait que cet agresseur membre de la famille crée une confusion dans l'esprit de l'enfant entre amour et sexualité. 

Il sait que les agresseurs d'enfants agressent plusieurs fois l'enfant ainsi que d'autres enfants. 

Le parent prévenant s'informe sur les outils qui existent pour prévenir les violences sexuelles. Il sait que la règle "méfie toi des étrangers" n'est pas une bonne règle et que d'autres existent. 

Il sait que la prostitution n'est pas un métier mais une violence sexuelle. 

Il connait dans les grandes lignes les effets des violences sexuelles et l'état de stress post-traumatique. Il sait que les réactions d'un enfant victime sont des réactions normales à des situations anormales. 

Le parent prévenant est un communicant. 

Il sait qu'il est indispensable de communiquer avec son enfant, si petit soit-il. Il prend le temps de parler à son enfant, calmement et adapte son langage à l'âge de son enfant. 

Il sait qu'il lui faudra parler de sexualité, à tout âge. Il sait qu'il faudra apprendre à son enfant les mots qui désignent toutes les parties du corps. Il sait que la chanson "Mon corps, c'est mon corps" chantée dès le plus jeune âge aide l'enfant à comprendre ce qu'est le respect de son propre corps et du corps de l'autre. 

Il apprend à son enfant à énoncer ses émotions, ce qu'il ressent, ce qui lui fait oui à l'intérieur, ce qui lui fait non à l'intérieur, ce qu'est un sentiment agréable, ce qu'est un sentiment désagréable. 

Il explique clairement à l'enfant ce qu'est une violence sexuelle : c'est lorsque quelqu'un me donne un sentiment « désagréable » en touchant mes seins, mon vagin, ma vulve, mon anus, ou mes fesses si je suis une fille, ou en touchant mon pénis, mes testicules, mon anus ou mes fesses si je suis un garçon ; c'est aussi lorsqu'il me force à toucher ou à regarder ces mêmes parties de son corps.

Le parent prévenant sait que prévenir les violences sexuelles suppose son intervention. Il sait que la prévention des violences sexuelles n'est pas innée. Il sait que l'enfant doit être informé pour pouvoir comprendre ce qu'est un bon toucher, ce qu'est un toucher d'agression. Il explique à son enfant ce qu'est un bon secret et ce qu'est un mauvais secret. 

Il sait que communiquer c'est aussi et surtout apprendre à écouter. Il sait qu'il doit donner suffisamment d'espace à son enfant pour qu'à son tour il puisse prendre la parole. Il sait qu'il doit entendre ce que lui dit son enfant. 

Il sait qu'il doit parler de tout sujet avec son enfant et surtout questionner son enfant sur ce qu'il se passe dans sa vie, sur les émotions qu'il ressent. 

Le parent prévenant est un croyant. 

Il sait qu'il a confiance en son enfant, il sait que son enfant est important. Il le lui dit. "Je te fais confiance". "Tu es important.e". 

Il sait qu'il doit croire son enfant, ses mots. Plus largement, il croit ses attitudes, ses gestes et ses paroles. Il croit et entend les ressentis de son enfant.

Il est un parent attentif aux attitudes corporelles de l'enfant, lesquelles parlent pour lui.

Si son enfant lui révèle des violences sexuelles dont il a été victime, il le croit immédiatement. Il se positionne toujours du côté de l'enfant peu importe le membre de la famille agresseur. Il sait qu'un enfant ne ment pas pour s'apporter des problèmes, détruire sa famille, l'un de ses parents ou par souhait de nuire mais au contraire souvent pour se sortir d'un problème. Il sait qu'il droit le protéger et a l'obligation d'agir en justice. 

Lorsque l'enfant lui révèle les souffrances endurées, il lui dit "je te crois, ce n'est pas de ta faute, je suis heureux que tu m'aies parlé, je suis désolé que cela te soit arrivé, l'agresseur n'avait pas le droit, c'est interdit par la loi, je vais t'aider".  

Le parent prévenant sait qu'on ne questionne jamais l'attitude d'un enfant victime car le seul responsable est l'agresseur. 

Le parent prévenant sait que si son enfant a été victime, c'est qu'il a été soumis à une stratégie qui utilise la peur et le silence pour le contraindre à agir et l'empêcher de parler.  

Le parent prévenant prouve à son enfant qu'il peut lui parler de tout sujet car il le croit, car il croit en lui. 

Porté par son amour respectueux, bienveillant et inconditionnel pour son enfant, le parent prévenant sait que son attitude, ses conduites, ses mots sont les armes puissantes qui permettent de lutter contre les violences sexuelles. 

samedi 6 août 2016

Prévenir, c'est apprendre à bien vivre ensemble

Lorsque l'on aborde la question de la prévention des violences sexuelles auprès des enfants, il est indispensable de penser cette question non pas d'un point de vue strictement individuel mais plus largement d'un point de vue collectif. 

Prévenir, c'est comprendre que les violences sexuelles ont été interdites par la loi, laquelle est garante de notre bien vivre ensemble. La loi est la même pour tous et c'est parce qu'elle nous met sur un pied d'égalité que tous nous devons apprendre à la respecter et la respecter. 

Prévenir, c'est dire que se respecter soi, c'est respecter les autres. Le respect de son propre corps donne conscience des limites à ne pas franchir pour ne pas agresser l'autre.

Surtout, prévenir les violences sexuelles, c'est oser parler de la sexualité avec son enfant. C'est ne pas déconnecter les violences sexuelles de la sexualité. 

Pourquoi ? Car globalement c'est dans le rapport à l'autre que la sexualité s'inscrit et surtout c'est dans le rapport à l'autre que les violences sexuelles existent.

Ainsi, penser la prévention des violences sexuelles non pas comme une question individuelle mais collective, c'est permettre de poser un cadre : celui du respect du sexe de l'autre. 

Jocelyne Robert et Jo-Anne Jacob dans leurs ouvrages Ma sexualité, déclinés en fonction des âges de l'enfant : de 0 à 6 ans, de 6 à 9 ans, de 9 à 11 ans, abordent très justement la question de la prévention des violences sexuelles. 

Le titre de ces ouvrages Ma sexualité permet de poser le point de départ de la transmission d'une information claire et adaptée sur la sexualité et donc sur les violences sexuelles. 

Ainsi que les auteures l'expliquent, "parler de sexualité naturellement et simplement est une excellente façon de faire une démarche [préventive]. En parler sainement à l'enfant peut aussi développer sa responsabilité et prévenir la possibilité [d'une agression sexuelle]"


Les auteures ont ainsi fait le choix d'aborder cette question par le biais du toucher pour les 0 à 6 ans. L'objectif est de permettre à l'enfant de distinguer le bon toucher, du toucher abusif. 

La progression avec laquelle l'ouvrage aborde les différentes questions relatives à la sexualité de l'enfant est très intéressante dans la mesure où elle donne les clés pour comprendre d'abord ce qu'est une relation aux autres épanouissante puis une relation sexuelle saine et consentie et enfin une connaissance précise de ses organes sexuels. Les mots ainsi que les images sont pleinement adaptés et l'enfant peut suivre le déroulé de l'histoire qu'on lui lit, très naturellement. 

Toutes les situations permettant d'aborder les divers points de la sexualité de l'enfant sont présentées dans un cadre collectif : celui de la famille, de la fête entre amis ou encore de l'école. 

C'est à partir d'une situation de toucher qui blesse, qu'un adulte - l'animatrice ou l'institutrice - explique ce qu'est un bon toucher, celui qui fait du bien et avec lequel on est d'accord, d'un mauvais toucher, un toucher d'agression pourrait-on dire, qui fait mal et du mal et avec lequel on n'est pas d'accord. Plusieurs enfants prennent la parole successivement pour expliquer leurs vécus de mauvais toucher et l'adulte donne des clés pour comprendre leurs différences et savoir comment réagir. 

Dans la partie de l'ouvrage réservée aux parents, les auteures expliquent : 
"il importe que, dès son plus jeune âge, l'enfant sache que son corps lui appartient, qu'il a le droit de dire non et surtout qu'il sente qu'il peut toujours parler de ce qui lui arrive à ses parents ou aux personnes en qui il a confiance. Votre attitude ici est d'une extrême importance. C'est elle qui déterminera le choix de l'enfant de s'ouvrir à vous ou bien de porter seul le poids de lourds secrets. Il ne s'agit pas de paniquer ou de faire peur à l'enfant mais de l'informer de l'existence de ces réalités. La lune a une face éclairée et une face sombre. La forêt foisonne de beautés et de trésors; elle recèle aussi des dangers. Il en va de même pour la sexualité. L'enfant doit savoir ce qui est beau et bon si l'on veut qu'il reconnaisse ce qui ne l'est pas. Nous sommes portées à croire que, si l'enfant parvient simplement à distinguer ce qui est bon pour lui : ce à quoi il consent, ce dans quoi il se sent bien, de ce qui ne l'est pas : ce qui lui est imposé, ce dans quoi il se sent mal, il sera plus apte à exercer sa liberté et à se faire respecter".  (Voir aussi la note sur les bons et les mauvais secrets). 

La prévention des violences sexuelles s'inscrit ainsi dans la fleur du collectif. 


La prévention se pense dans le rapport à soi - se connaître, se respecter. 
La prévention se pense dans le rapport à soi et aux autres - respecter et être respecté. 

Envisager de prévenir les enfants de l'existence des violences sexuelles d'abord à partir de la connaissance des rapports sains entre êtres humains pour ensuite les ramener à eux-mêmes pourrait être une bonne démarche dans la mesure où les enfants naissent dépendants des autres et que ce n'est que progressivement qu'ils pourront s'en émanciper. 

Savoir que les êtres humains peuvent ne pas avoir des rapports sains et être acteurs d'actes de violence leur permet non seulement de connaître la réalité des rapports humains mais aussi de ne pas être démunis si ils y sont confrontés. 

Apprendre à bien vivre ensemble, c'est donc aussi prévenir les violences sexuelles.

Pour illustrer notre propos, nous vous proposons de découvrir Les petits Charlies, l'abécédaire du vivre ensemble, lauréat 2016 du concours SNUIPP dont les mots choisis dans l'abécédaire résonnent avec la démarche préventive : respecter, protéger. 

Découvrez :