mardi 27 septembre 2016

Je suis mineur.e, j'ai droit à ma contraception !

Hier, lundi 26 septembre 2016, c'était la journée mondiale de la contraception. Dans le monde, beaucoup de personnes n'ont pas accès à des moyens de contraception et pour les mineur.es cette question est encore plus complexe. L'autorité parentale, l'attitude des parents peuvent être de réels freins à l'obtention et ou l'usage des moyens de contraception. Pourtant, tout enfant a droit à sa contraception ! 

Voici donc l'occasion de lutter contre quelques idées reçues concernant la contraception des enfants, des mineur.es et d'apporter quelques solutions pratiques pour permettre aux parents de faire de la prévention ; qu'il s'agisse de la prévention du sida, des infections sexuellement transmissibles, des grossesses précoces mais aussi de la prévention des violences sexuelles.


1) Il n'est pas nécessaire de parler de contraception à mon enfant. Mon enfant est suffisamment informé à l'école. Faux.

Si vous pensez que les moyens de contraception et l'information sur la sexualité sont des sujets suffisamment abordés à l'école, vous avez tort. Cette initiative de prévention est malheureusement laissée au bon vouloir des chefs d'établissements scolaires. Cela signifie que d'un établissement à un autre, les dispositifs de prévention ne sont pas les mêmes. Ils peuvent n'intervenir qu'à compter de la quatrième au collège ou alors qu'à compter de la seconde au lycée. De plus, ces séances, même si elles sont organisées, sont bien trop peu nombreuses. Il y en a en moyenne trois maximum par année scolaire.

Que faire alors ? Et cela d'autant que, bien souvent, les parents croient que s'ils échangent avec leur enfant sur les moyens de contraception, ceux-ci vont participer à rendre leur vie sexuelle plus active. Or, cette croyance comme d'autres est totalement erronée dès lors que votre enfant a confiance en lui.elle et a de l'estime pour lui.elle.

Voici donc trois raisons pour vous convaincre que parler à votre enfant de contraception est indispensable à son épanouissement.
D'abord, parler de contraception avec son enfant, c'est le reconnaître en tant qu'individu libre tout en respectant son intégrité corporelle et sa sexualité. C'est ne pas nier qu'il possède sa propre sexualité.
Ensuite, parler de contraception avec son enfant, c'est créer un espace de paroles bienveillant qui lui permette de trouver du soutien lorsqu'il.le devra surmonter une difficulté liée à sa sexualité. Beaucoup d'enfants n'osent pas parler à leurs parents des difficultés liées à la sexualité qu'ils peuvent rencontrer et cela peut les mettre dans des situations plus qu'inconfortables : contamination par le sida ou une autre infection sexuellement transmissible, risque de grossesse, violences sexuelles etc. Aussi, s'efforcer de créer un cadre de paroles suffisamment ouvert, bienveillant et sans jugement leur permet d'avoir au moins ce dernier recours : décider de vous parler à vous, même si cela est difficile pour eux.elles.
Enfin, parler de contraception avec son enfant, c'est porter un regard positif sur ses agissements, ses choix et ses ressentis afin de le conforter dans sa valeur et son importance. La société dans laquelle nous vivons véhicule une image particulièrement erronée de la sexualité : pornographie, prostitution, hypersexualisation ; il est difficile pour un enfant d'avoir une vision réaliste, apaisée et sensible des rapports humains et de s'affranchir des images qu'ils.elles peuvent être amené.es à voir.

Aussi, conforter son enfant dans ses choix (prise de pilule par exemple), lui donner suffisamment d'autonomie financière pour acheter ses contraceptifs, lui transmettre les coordonnées d'un centre de planification, lui dire qu'on lui fait confiance, l'accompagner dans sa compréhension du fonctionnement du corps (ovulation, règles, éjaculation, décalotage, soins d'hygiène etc), ne pas juger le choix d'une interruption de grossesse sont autant de manière d'aider son enfant à avoir confiance en lui.elle pour lui permettre de faire les choix qui lui sont nécessaires.

2) Il n'existe pas de sites internet ressource adaptés pour me permettre de préparer ma future discussion sur la contraception et la sexualité avec mon enfant ? ou un site internet ressource que je puisse conseiller à mon enfant ? Faux.

Deux sites internet ont été spécialement conçus par les pouvoirs publics pour accompagner les enfants et les jeunes dans leur découverte des moyens de contraception et de la sexualité.

Il y a le site On sex prime conçu par le Ministère de la santé et qui répond à toutes les questions des enfants et des jeunes relatives à l'anatomie, au plaisir, aux sentiments, à la première fois, mais aussi à l'égalité fille-garçon et bien sûr à la santé sexuelle.



Il y a le site Choisir sa contraception également conçu par le Ministère de la santé et qui répond à toutes les questions relatives au choix de contraception : quelle est la meilleure contraception, y a-t-il une contraception des premières fois, qu'est-ce que la contraception d'urgence, qu'est-ce qu'une interruption volontaire de grossesse. Ce site offre également des conseils spécifiques pour les parents désireux de parler de contraception à leurs enfants : pourquoi faut-il en parler ? comment procéder ?


S'agissant des inquiétudes propres aux garçons sur leur anatomie sexuelle et leur sexualité, nous vous conseillons également la lecture gratuite et en ligne de l'ouvrage "Ce que ma mère n'aurait jamais pu m'expliquer et ce que mon père aurait du me dire !" que vous pourrez aussi conseiller à votre enfant. 

3) Il n'existe pas de lignes téléphoniques pour me permettre de discuter de la façon dont je vais pouvoir parler de contraception et de sexualité à mon enfant ? Pour permettre à mon enfant de contacter une écoutante spécialisée dans l'information sur la contraception et sur la sexualité ? Faux.

Deux lignes téléphoniques vous accompagnent pour vous permettre de parler à votre enfant de contraception et de sexualité.

Il y a le Fil Santé Jeunes, 0.800.235.236. Il s'agit d'une plateforme d'écoute anonyme et gratuite ouverte tous les jours de 9h à 23h. Cette ligne d'écoute vous permet de poser toutes vos questions et de trouver des réponses spécifiquement adaptées à vos interrogations. Vous pourrez aussi transmettre ce numéro à votre enfant pour qu'il.elle pose toutes ses questions. 



Il y a le Planning familial 0.800.08.11.11. Il s'agit d'une ligne d'écoute anonyme et gratuite ouverte le lundi de 9h à 22h et du mardi au samedi de 9h à 20h. Cette ligne d'écoute vous permet de trouver des conseils et toutes les informations utiles pour accompagner vos enfants dans leur choix de contraception mais aussi s'agissant de questions relatives à une interruption volontaire de grossesse.



4) Il n'est pas bon pour un.e mineur.e de faire usage d'une contraception. Faux 

Martin Winckler, gynécologue spécialiste de la contraception et de la prévention auprès des jeunes, a répondu à quelques grandes questions qui font débat s'agissant de la contraception des mineur.es et leur santé : 
  • L’usage d’une contraception avant l’âge de 16 ans est dangereux pour la santé. Vrai ou Faux ? Faux ! 
En plus d’éviter les grossesses non désirées (qui sont plus risquées pour les femmes que toutes les méthodes contraceptives !), le recours à la contraception a un fort effet protecteur. Ainsi, par exemple, l’utilisation de préservatifs prévient les infections sexuellement transmissibles et l’usage d’une contraception hormonale (pilule, implant, DIU hormonal) a des effets bénéfiques immédiats et à long terme en particulier pour les femmes qui, dès la puberté, souffrent de douleurs intenses des règles, parfois liées à une endométriose. A partir de la puberté, toute femme susceptible d’avoir une activité sexuelle devrait pouvoir obtenir une information complète et impartiale sur les méthodes existantes et choisir la méthode qui lui convient. Et il appartient à chaque femme de choisir la méthode qui lui convient.
  • L’utilisation de la contraception par les mineures augmente leur risque de contracter des infections sexuellement transmissibles. Vrai ou Faux ? Faux ! 
L’âge des premiers rapports sexuels et l’utilisation d’une contraception n’augmentent pas le risque d’infection. En revanche, plus les jeunes femmes sont informées sur la sexualité, les IST et les méthodes contraceptives, moins le risque d’infections graves et de leurs conséquences (stérilité, en particulier) est élevé. Par conséquent, toutes les femmes mineures devraient, si elles le désirent, pouvoir obtenir une information complète et impartiale sur les méthodes existantes et choisir la méthode qui leur convient.
  • Une mineure qui n’a jamais eu d’enfant ne peut pas porter de DIU (« Dispositif intra-utérin », ou « Stérilet »). Vrai ou Faux ? Faux ! 
Quel que soit son âge, une femme en bonne santé peut choisir un DIU (dispositif intra-utérin, ou « stérilet ») comme méthode contraceptive. Il n’est pas nécessaire d’avoir eu un enfant pour porter un DIU ; il existe en effet des DIU de petite taille pour les femmes n’ayant jamais été enceintes. Les DIU au cuivre peuvent être gardés sans être changés pendant 7 à 10 ans ; les DIU hormonaux, qui ont également pour effet de réduire l’intensité, l’abondance et la durée des règles chez les femmes qui le désirent, peuvent être gardés 3 à 7 ans.
L’utilisation d’un DIU n’expose pas aux infections gynécologiques ou aux IST, et les utilisatrices de DIU ne font pas d’infections plus souvent que les utilisatrices de pilule.
Enfin, contrairement à une idée reçue qui a la vie dure, les DIU n’ont pas d’effet « abortif » mais agissent avant toute conception, sur les spermatozoïdes : le cuivre les inactive ; l’hormone des DIU hormonaux empêche leur passage du vagin vers l’utérus.
  • L’usage répété de la « pilule du lendemain » est dangereux. Vrai ou Faux  ? Faux ! 
La « pilule du lendemain » (ou contraception d’urgence - CU) est une méthode très efficace si elle est utilisée dans les 2 à 5 jours qui suivent immédiatement un rapport sexuel non (ou insuffisamment) protégé. Son utilisation à plusieurs reprises à quelques semaines d’intervalle ne fait courir aucun danger à la femme qui l’emploie. Le seul inconvénient est la perturbation du cycle (parfois raccourci, parfois prolongé) et la survenue de saignements vaginaux (eux-mêmes sans danger). Cela étant, toute femme qui se retrouve contrainte à utiliser une CU à plusieurs reprises dans la même année aura probablement l’esprit plus tranquille si elle se fait prescrire une méthode contraceptive permanente (pilule, implant, DIU).
  • Une IVG compromet la fertilité. Vrai ou Faux ? Faux ! 
L’IVG (interruption volontaire de grossesse) est une technique médicale qui repose sur deux méthodes : l’aspiration (dans un centre d’IVG) ou la méthode médicamenteuse (prescrite dans un centre d’IVG ou par des médecins ou sages-femmes en ville). L’une et l’autre méthode sont sans danger pour la vie et la fertilité des femmes ; elles évitent les complications très graves (septicémie, stérilité, décès) que provoquaient les avortements clandestins. Même si l’IVG n’est pas à proprement parler une méthode de contraception, elle n’en est pas moins un droit défini par la loi depuis 1975, et toute femme doit pouvoir y avoir recours si elle le désire. Et depuis 2014, l’IVG est un droit, et le fait d’empêcher une femme d’accéder à l’IVG ou de la dissuader d’y recourir est un délit.
  • Il y a des méthodes contraceptives meilleures que d’autres et le médecin peut choisir pour le.la mineur.e. Vrai ou Faux ? Faux ! 
La meilleure contraception, c’est celle que le.la mineur.e choisit en connaissance de cause, en fonction de son mode de vie, de son confort et de ses attentes immédiates ou à long terme. Ce choix, elle doit pouvoir le faire après avoir reçu une information complète et loyale sur toutes les méthodes, et pris le temps de réfléchir à celle qu’elle préfère utiliser. Toute personne doit pouvoir essayer la ou les méthodes de son choix. Il n’y a pas de « bonne » et de « mauvaise » méthode, mais des méthodes plus ou moins efficaces selon les personnes et les circonstances : une jeune femme qui utilise un diaphragme et en est satisfaite a une bien meilleure méthode de contraception qu’une jeune femme qui prend une pilule imposée par un médecin ! Par ailleurs, comme la vie et la physiologie du corps changent avec le temps et les événements de la vie, toute jeune femme doit pouvoir obtenir la méthode qui lui convient le mieux et changer de méthode chaque fois qu’elle le désire.
Les trois lois de la contraception :
1° Toute méthode de contraception vaut mieux que pas de contraception du tout.
2° Contraception d’un jour n’est pas pour toujours.
3° La meilleure contraception est celle que chacun.e choisit en connaissance de cause.

5) Connaissez-vous la boîte à contraception ? 

Ce que je mets dans la Boîte à Contraception de mon enfant
Certains parents nous ont rapporté que la préadolescence arrivant chez leurs enfants, ceux-ci avaient décidé de leur créer une boîte à contraception. Qu'est-ce donc ? L'idée est d'acheter en pharmacie différents moyens de contraception : préservatif masculin, préservatif féminin, des spermicides, une cape cervicale, un diaphragme, une plaquette de pilule mini-dosée puis de mettre le tout dans une boîte accompagnée de la brochure imprimable et téléchargeable du Planning familial Choisir sa contraception. Les parents ont ensuite choisi un moment adapté où l'enfant avait du temps, afin de lui donner la boîte et d'aborder avec lui quelques sujets relatifs à la sexualité : l'importance des sentiments amoureux et des ressentis, le respect de son corps, le respect de l'envie de l'autre et l'importance de la contraception. 

Choisir sa contraception - la brochure du Planning familial

Par ailleurs, il nous a aussi été rapportée cette expérience d'un père de famille qui voulait absolument faire de la prévention afin d'éviter toute grossesse non désirée chez sa fille. Sa solution : mettre des préservatifs dans le cartable de sa fille dès ses 13 ans. Mais, comment lui faire passer l'information sans la choquer ? Sa solution a été de lui dire : "je te mets cela dans ton cartable parce que comme cela tu pourras dépanner un copain ou une copine qui risque de faire une "bêtise". Ce père nous expliquait alors que le préservatif protégeait selon lui de tout sauf de l'amour et que "charité bien ordonnée commence par soi-même", sa fille pensera directement qu'il faudrait qu'elle en garde pour elle-même, pour le cas où. Dès années après, alors que sa fille avait grandi, ce parent fut remercier par son enfant qui était certes devenue la fournisseuse officielle de préservatifs de toute sa classe mais qui avait aidé plus d'un de ses camarades à se protéger du sida, des ist ou encore d'une grossesse non désirée et pour lesquels le cercle familial n'était pas suffisamment ouvert et de confiance pour parler de contraception.

Aller plus loin : 
- le site IVG d'informations publiques sur l'avortement
- le site Sida Info Service 0.800.840.800
- le site canadien Ma sexualité qui fourmille d'informations sur la contraception et la sexualité
- le site de Martin Winckler
- la malle d'outils pédagogiques sur la contraception du CIRM-CRIPS Nord-Pas-de-Calais

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